Ce texte, qui réunit les actes du sixième colloque international organisé par la « Société spinozienne » à Zurich en octobre 2000, constitue un excellent outil de recherche. Il se présente en effet comme une mise au point, claire et précise, des principaux enjeux de la philosophie spinozienne. L’ouvrage se concentre en particulier sur l’éthique, la politique, le droit et la modernité du spinozisme. Parmi les contributions, on signalera celle de W. Bartuschat, l’un des interprètes européens les plus originaux de Spinoza, consacrée à la notion de « moralité ». Bartuschat révèle la fonction positive que cette notion joue à l’intérieur du système, notamment dans son rapport éthique avec la « piété ». L’association de la moralité avec la piété représenterait ainsi selon Bartuschat l’une des voies privilégiées d’affirmation de la raison humaine. E. Balibar, pour sa part, se livre à une analyse passionnante de l’expression du Traité politique « potentia multitudinis, quae una veluti mente ducitur ». Il passe en revue les interprétations les plus importantes du concept de « multitude » (celles de Matheron, Negri, Moreau, Rice), en soulignant leur spécificité ainsi que leur caractère problématique. Dans la perspective ouverte ici par E. Balibar, la mens multitudinis se présente comme un « concept-limite » du spinozisme, une sorte de parachèvement politique d’un ingenium transindividuel. Dans ce volume, on rappellera encore le texte de M. Walther, qui met en évidence le rapport constitutif entre la liberté éthique et la liberté politique, et celui de L. C. Rice, qui étudie les différentes acceptions juridiques du terme « tenere ».
Saverio Ansaldi