Que l’autorité politique ait à se fonder sur une foi religieuse ou non, ce débat n’appartient pas qu’au XVIIe siècle ; il est bien d’aujourd’hui, comme le souligne Preus à propos des Etats-Unis (l’Etat du Kansas, par exemple, a-t-il le droit de défendre l’enseignement de la théorie de l’évolution aux écoliers ?). L’A. veut alors montrer à partir du TTP que l’autorité politique appartient à celui qui interprète les Ecritures saintes, mais que ce droit d’interprétation appartient à tout le monde, qu’il n’y a pas à en reconnaître un interprète officiel.
Le livre se divise en six chapitres. Le premier sert d'introduction et pose la question du rapport entre connaissance théologique et connaissance philosophique. Le deuxième analyse le problème à partir de la pensée de Ludowijk Meyer. Le troisième montre, à partir de Serarius, Vogelsangh, Arnold et Maresius, contre Meyer, que la raison n’est que le veau d’or de l’époque et que c’est bien par les Ecritures que l’on doit juger la philosophie et la science, tandis que le quatrième expose, à partir de Velthuysen et Wolzogen, contre Meyer toujours, que les connaissances rationnelles et religieuses n’ont rien de commun. Le cinquième chapitre est la clé de voûte du livre. Preus explique que Spinoza n’a pas suivi la démarche cartésienne pour résoudre le problème du rapport entre la raison et la religion. Contre Descartes il suit Bacon pour lire les Ecritures comme on étudie la nature. Le droit d’interprétation n’appartient ni aux érudits ni à des élus mais relève de chacun en fonction de ses capacités naturelles. Lorsque cela devient évident au plus grand nombre, le joug politique des autorités théologiques est détruit. Le sixième chapitre s’efforce de comprendre pourquoi le TTP a provoqué tant de réactions hostiles, du côté des courants conservateurs et du côté des radicaux, montrant qu’il a rompu les liens entre théologie et politique sans avoir pour autant écrasé la religion.
L’ouvrage contient beaucoup de notes et une bibliographie abondante. Certes on pourrait lui reprocher de n’être consacré que pour moins d’une moitié à Spinoza ou au TTP, et de ne rappeler que ce que tout le monde sait déjà, à savoir la séparation de la politique et de la théologie. On notera cependant deux points. D’abord, l’exposé de Meyer et des autres auteurs mentionnés rendra des services considérables aux lecteurs anglophones qui ne bénéficient pas encore d’une traduction de ces textes ; ensuite, la comparaison du TTP avec ces oeuvres donne tout son relief à l’argumentation de Spinoza et permet d’en comprendre le succès.
L’A. évoque enfin Nietzsche pour souligner l’importance du rappel du passé et se situe à nouveau dans le contexte des Etats-Unis pour dire que le conflit entre politique et religion n’est pas encore résolu, quoiqu’en dise la Constitution américaine.
Steven Barbone