Les deux essais qui constituent cette étude sont le résultat d’un séminaire dirigé par l’A. en 1998-1999 à l’Université d’Urbino. On se souvient de Cristina Santinelli pour sa précieuse recherche bibliographique Spinoza in Italia parue en 1983, instrument fort utile pour au moins deux générations de spinozistes. Disciple d’Emilia Giancotti, elle a maintenu vivant son héritage en montrant la rigueur lexicographique qui caractérisa le travail de l’une des plus importantes figures du spinozisme italien.
Le texte présenté ici est composé de deux parties, l’une consacrée à Descartes, l’autre à Spinoza. La première partie décrit un parcours transversal à l’intérieur de la thématique de la mens, à partir des Regulae ad directionem ingenii, où Descartes entre en dialogue avec la tradition scholastique, jusqu’à l’élaboration accomplie des Passions de l’âme, en travaillant aussi avec précision dans la riche correspondance cartésienne. La deuxième partie est constituée d’un essai autour de l’énigmatique proposition 38 d’Ethique V. L’A. affirme avoir toujours été attirée par cet énoncé qui demeure au coeur de la dernière (et très discutée) partie du chef d’oeuvre spinozien. C’est là où le lecteur est désormais introduit à la dimension de l’éternité de l’âme que l’on voit réapparaître le corps. L’A. pense que dans ce lieu topique de l’Ethique peut s’entendre un écho cartésien, en particulier celui qui vient des lieux où Descartes décrit la condition originaire de l’être humain – foetale et enfantine – lorsque l’âme n’est pas encore capable d’accomplir ses potentialités car le corps les enferme dans son domaine. Le dialogue intime entre Descartes et Spinoza que l’A. soupçonne au début de sa recherche trouve sa démonstration dans le déroulement de l’argumentation.
Le livre de Cristina Santinelli nous semble constituer une véritable introduction au « système » des deux philosophes. C’est en effet dans cette perspective que l’A. prend appui pour sa recherche en montrant comment une philosophie ne pourrait pas vivre sans l’autre. Ce qui frappe est la coupure phénoménologique du texte : l’idée d’itinéraire empruntée aux méditations cartésiennes – dont la présentation apparaît fort compréhensive et compréhensible – signe le parcours de l’ouvrage. En ce sens la première partie nous conduit de l’anima à la mens, chez Descartes, et la deuxième de la mens au corpus chez Spinoza, en montrant comment les deux passages sont interprétables, au moins à nos yeux, comme la texture d’un ensemble philosophique établi à quatre mains. Âme et corps semblent être, en outre, deux métaphores très intimes, dans un cercle herméneutique non seulement fascinant, mais argumenté, ce qui donne au texte rigueur et souplesse à la fois.
Paola Grassi