Ce numéro spécial rassemble les actes de la Journée Spinoza organisée à l'Université Pantéion d'Athènes en mai 2000. La première partie, consacrée à la méthode, comporte trois études : « Traité de la Réforme de l'Entendement : le préambule », où G. Vokos (Thessalonique) relit attentivement le fameux proemium du TIE en le comparant au début de la Première Méditation de Descartes et à l'Exemplar humanae vitae d'Uriel da Costa, pour souligner l'originalité de la démarche spinozienne ; « Méthode et liberté », où Vassili Grigoropoulou (Athènes) insiste sur la critique spinozienne du finalisme, de la téléologie et de la conception cartésienne de la méthode, pour conclure en analysant la « libre nécessité » selon Spinoza ; « Relativisme et normativité dans la philosophie politique de Spinoza », où Yannis Prelorentzos (Ioannina) présente d'abord les principales thèses spinoziennes qui pourraient être interprétées comme allant vers un relativisme absolu, pour montrer ensuite que chez Spinoza il existe en fait une normativité des valeurs beaucoup plus rigoureuse que chez Montaigne ou Hobbes.

La deuxième partie concerne la politique. Dans « La notion de souveraineté po-pulaire chez Spinoza », Dimitris Kotroyannos (Univ. de Crète) analyse les notions de souveraineté, pouvoir, droit, Etat dans les écrits politiques de Spinoza ; Aristote Stilianou (Thessalonique) tente de combiner la conception spinoziste de la liberté comme libre nécessité avec la définition de la démocratie comme « Etat absolument absolu » (« Liberté et démocratie : l'absolu Spinoza ») ; dans « Statues, récompenses et centurions : Spinoza et l'actualité », Akis Gavrilidis essaie de lire certains aspects de l'actualité culturelle et politique à la lumière de certains passages des oeuvres politiques de Spinoza.

Enfin la troisième partie traite des débats de Spinoza avec d'autres penseurs. Dans « Pantheismusstreit. La querelle du spinozisme dans l'Aufklärung allemande », Dimitris Karydas présente la réception de Spinoza en Allemagne durant la fameuse querelle du panthéisme, en insistant surtout sur la pensée de Jacobi ; Giorgios Four-tounis (Thessalonique) dans « Immanence et structure », analyse les rapports entre spinozisme et structuralisme, en se tenant surtout à l'oeuvre de Louis Althusser et en concluant sur l'idée d'un « spinozisme structuraliste » ; Panagiotis Poulos (Univ. de Crète, Université ouverte de Patras) tente une comparaison entre le philosophe de l'Ethique et l'écrivain de la Recherche (« Vérité et réflexivité : de Spinoza à Proust et vice-versa ») – en se fondant sur la conception spinoziste de la vérité comme index sui et sur la conception du temps ; enfin Aristidis Baltas (Univ. d'Athènes), sous le titre « Spinoza discute avec Wittgenstein. Mon âme est l'idée de mon corps, ou comment le solipsisme s'identifie au réalisme », montre qu'une discussion entre Spinoza et Witt-genstein est non seulement possible, mais tout à fait utile et fructueuse quant à ses conséquences philosophiques.