Piero Martinetti (1872-1943) a été l’un des maîtres de l’idéalisme italien ; adversaire de l’orientation immanentiste de Croce et Gentile, il a été le promoteur d’une ouverture de la philosophie à la problématique religieuse, mais sans jamais adhérer à une Eglise. Il fut au contraire fortement critiqué par la hiérarchie catholique et par le Fascisme. Il fut en effet le seul philosophe italien à refuser le serment de fidélité au régime, imposé aux professeurs en 1931, renonçant ainsi à l’enseignement universitaire. Le texte présenté ici recueille quatre essais sur Spinoza édités par Amedeo Vigorelli, qui est aussi l’auteur d’une introduction très détaillée intitulée « Spinoza mistico della ragione » (« Spinoza, mystique de la raison »). Ces essais traitent de « la doctrine de la connaissance et de la méthode en philosophie chez Spinoza, de « la doctrine de la liberté chez Spinoza », des « modes primitifs et dérivés, infinis et finis », et enfin des « problèmes religieux dans la philosophie de Spinoza ». Ce dernier est peut-être le plus radical, comme le montrent les premières lignes : « La philosophie religieuse de Spinoza se connecte étroitement avec sa philosophie politique. Si, en fait, d’un côté, la vie sociale tout entière et le droit ont leur fin dans la possibilité d’une vie spirituelle au sein de la société, qui est, dans son accomplissement, vie religieuse, religion philosophique, d’un autre côté ce que Spinoza appelle plus exactement religion, voire la révélation historique avec tout son cortège de mythes, de préceptes et de ritualités, cela n’est qu’une extension et un appro-fondissement de la vie du droit et de l’Etat ».
Paola Grassi