Sans appartenir proprement dit au champ des études spinozistes, cet ouvrage est un bel exemple de ce que la pensée de Spinoza peut apporter à bien des champs de la réflexion contemporaine. L’auteur, biologiste réputé, connu pour une réflexion philosophique marquée par son rapport à Spinoza, s’intéresse directement à la question de la liberté. Comment comprendre la liberté alors que les mécanismes observés au niveau endocrinien montrent que certains de nos comportements, de nos pensées, de nos sentiments sont déterminés par des phénomènes biologiques de toutes sortes ? Sans rallier pour autant les philosophies du soupçon et Foucault à leur suite, l’auteur propose de ne pas s’accrocher de manière stérile à un libre arbitre dont le champ se rétrécit de plus en plus et de ne pas craindre la réalité d’un déterminisme absolu. Il nous faut apprendre comment nous sommes responsables de ce que nous sommes et faisons alors même que nous y sommes déterminés. On retrouve l’héritage spinoziste, qui entend fonder une éthique de la responsabilité et de la liberté et peut nous aider à « retrouver une autre façon de penser la liberté, qui soit plus en accord avec les avancées actuelles de la biologie et des sciences humaines » (p. 28). Si nous ne pouvons pas agir sur les choses de manière arbitraire, nous pouvons devenir de plus en plus conscients de nos actes et progresser dans leur compréhension ; il n’y a nulle résignation en cela, mais au contraire une expérience de la libre nécessité qui coïncide avec « une intense activité de notre esprit et de notre corps » (p. 40). L’enjeu est celui d’une vraie liberté, « asymptotique », « sur l’horizon d’une connaissance infinie des choses, des autres et de soi » (p. 38), déterminée de manière interne à partir des idées adéquates. Sur ce « fond spinoziste », l’auteur reprend ensuite la question de la responsabilité (entre déterminisme absolu et liberté sans libre arbitre) pour réfléchir à un certain nombre de problèmes contemporains qui rencontrent la question du droit (culpabilité et responsabilité, crimes perpétrés par des malades mentaux et expertise psychiatrique, problèmes d’éthique posés par les bio-technologies).
Henri Laux