Il s'agit d'un hommage rendu à I-S Révah, par un collectif d'auteurs français, espagnols, portugais, italiens, anglais, mexicains, brésiliens, israéliens, hollandais, des Etats-Unis, dont beaucoup se sont formés à partir du travail de Révah, initiateur des études sur le marranisme et les communautés sépharades dispersées ; le volume est accompagné d’un texte de Révah concernant l'Asie portugaise : étude de l'activité du tribunal inquisitorial de Goa.

Dans l'impossibilité de rendre compte de toutes les contributions d'un volume aussi riche que précieux et savant, nous mentionnerons la reconstitution de l'histoire d'une marrane, Maria de Rivera, par Solange Alberro (Mexico) : l’auteur recrée cette histoire en écrivant à la place de l'accusée ses mémoires sous forme d'un récit. Cette « fiction vraie » est construite à partir des pièces des dossiers des procès intentés par l'Inquisition à Maria de Rivera ainsi qu'à d'autres marranes. Le procès de cette femme née à Séville, arrêtée et accusée, en 1642, avec d'autres judaïsants, à Mexico où ils avaient trouvé refuge, a laissé de nombreuses archives. Parmi ses compagnons d'infortune certains mourront en prison, tous les autres seront mis à mort, brûlés sur le bûcher en 1649, dont Tomas Treviño de Sobremonte, une des figures les plus remarquables du crypto-judaïsme mexicain, brûlé vivant, comme ceux qui refusaient la croix avant de mourir. Cette reconstitution de la vie et de la condition des marranes persécutés à Mexico, et de la terreur qui s'est abattue sur eux, est impressionnante. Une de ses pensées : « ...seules les femmes s'entêtaient donc ici, sans livres, sans rabbins ni synagogues, à maintenir l'essentiel. L'essentiel ? Qu'est-ce qui était essentiel ? » Mais elle sentait que « les jeux étaient faits... tous, les bons et les mé-chants, les amis et les ennemis, tous sombreraient cette fois comme au Pérou », Le Pérou, où en 1639, la communauté marrane fut détruite à jamais, dans un immense autodafé, à Lima.

De Rena Fuks-Mansfeld (Amsterdam) : la vie d'un éditeur sépharade à Amster-dam et à Livourne, Samuel ben Isaac Texeira Tartas. De Jonathan Israël (Londres) : l'histoire de Baltazar Orobio de Castro, ce physicien arrêté en 1654 à Séville puis enfui à Bayonne où se trouvait une importante communauté de juifs portugais, avant d'enseigner à Toulouse et d'émigrer à Amsterdam en 1662 où il retourna au judaïsme ; histoire de sa contribution aux Lumières, et de sa réfutation du spinozisme qui intéressa Leibniz. De Yosef Kaplan (Jérusalem) : une étude concernant « le trai-tement d'Eros dans la communauté d'Amsterdam au XVIIIe siècle » ; Y. Kaplan met en parallèle la panique qui saisit la communauté juive sépharade d'Amsterdam face au spinozisme – si l'on pense que les autorités théologiques s'inquiétaient à l'époque de l'extension du cartésianisme parce qu'il risquait de mettre à mal la foi chrétienne – avec cette autre panique morale qui la saisit un siècle plus tard, lorsqu'elle accusa six hommes et femmes d'adultère, excommuniés avec des attendus particulièrement sévères qui furent rendus publics ; panique révélatrice d'une situation où la communauté devait se protéger, selon l'auteur qui en analyse les signes. De Pierre-François Moreau (Paris) : une note sur Juan de Prado et Spinoza : à partir de l'histoire de deux Espagnols qui, après avoir rencontré à Amsterdam Prado et Spinoza, les dénoncent à l'Inquisition, à leur retour en Espagne, (peut-être pour se protéger ?) ; leur déposition auprès de l'Inquisition, datant de 1658-1659, permet de trouver des traces de ce que pensait Spinoza à une époque dont nous ne savons pratiquement rien. De Alexandra Uchmany (Mexico) : une étude sur la vie dans les prisons du Saint-Office à Mexico de 1589 à 1660, le premier édit de la foi prescrivant la poursuite et la dénonciation, datant de 1571 ; où il apparaît que personne n'échappait à la justice inquisitoriale, qui confisquait les biens des personnes emprisonnées et leur faisait subir des années de prison atroces, les procès durant longtemps, certains jusqu'à 16 ans, avant l'autodafé final.

Sandra Salomon