Parcours philosophique réunit en deux tomes plusieurs articles de l’auteur, consacrés, pour l’essentiel, à la question du statut de l’ontologie dans différentes doctrines philosophiques. Comme l'indiquent les sous-titres des deux tomes, les articles appartiennent au genre de l'histoire de la philosophie. Toutefois, l'A., afin d'éviter toute méprise, insiste dès son avant-propos sur le fait qu'il utilise l'histoire de la philosophie comme une aide nécessaire au départ pour prolonger son propre questionnement philosophique. La philosophie de Spinoza tient une place tout à fait privilégiée dans le second tome (p. 79-197). On trouvera, dans les articles qui lui sont consacrés, une exhortation à la réinterprétation de certaines lectures de l'Éthique, telles que celles proposées par Gueroult et P. Macherey. L'ouvrage comprend quatre études critiques relatives à la doctrine spinoziste de l’être considéré dans son existence.

La première étude, « Remarques sur les onze premières propositions de l'Éthique de Spinoza », porte sur l'hypothèse émise par Gueroult selon laquelle il y aurait une unité absolue du projet spinoziste dans l'Éthique. L'A. critique l'interprétation gueroultienne des substances, chacune « réellement » constituées d'un seul attribut, et de leur rôle dans la construction génétique que Spinoza a élaborée du concept de Dieu. Il soutient que Spinoza procède par une série de paradoxes et pose progressivement des vérités partielles qui éliminent au fur et à mesure les hypothèses qui ne conviennent pas. De plus, il pense le problème du statut de l'ontologie spinoziste en s'appuyant sur Descartes, pour soutenir la thèse d'un vide de cette ontologie et donc d'une nécessité pour celle-ci d'être comblée « précisément par la théologie » (p. 135). Seule la théologie, c’est-à-dire un principe externe, permettrait de surmonter les difficultés de l’ontologie spinoziste.

La deuxième étude, « Extraits de réponses à quelques objections », réplique aux remarques faites par G. Dreyfus dans son article « Sur le Spinoza de Martial Gueroult : réponses aux objections de M. Doz » (Cahiers Spinoza, n°2, 1978, p. 7-51). Elle porte sur l’interprétation par Gueroult des huit premières propositions de l’Éthique qui font état « d’une pluralité de substances » pour définir Dieu. La difficulté est de comprendre la définition initiale de Dieu comme Être absolument infini, qui est également une seule substance consistant en des attributs infinis.

La troisième étude, « Spinoza lecteur de Hegel ? », focalise son analyse sur quel-ques aspects particuliers de l'interprétation hégélienne de Spinoza, mise en jeu par P. Macherey dans son ouvrage Hegel ou Spinoza. L'A. conteste sur certains points le rapprochement fait par P. Macherey entre Spinoza et Hegel, concernant notamment la réévaluation de la méthode spinoziste et l'usage fait du mos geometricus en philosophie, en même temps qu'il suppose improbable l'idée d'une critique anticipée faite par Spinoza de Hegel.

La quatrième et dernière étude, « Spinoza n'a pas assimilé les modes à des propriétés », examine la proposition XVI de la Partie I de l'Éthique pour reprendre l'essentiel du problème de la liaison entre l’essence divine et le monde dont la portée est simultanément ontologique et logique.

On retiendra de ces études une démarche très personnelle qui ouvre le champ à une discussion philosophique constante et minutieuse.

Carl R. Bolduc