Ce recueil d’articles appréhende la science intuitive chez Spinoza comme un lieu de crise des interprétations et vise à explorer le spectre des lectures possibles face à la complexité du troisième genre de connaissance qui oscille entre un aspect discursif ou déductif et un aspect intuitif, immédiat.

S. Ansaldi ouvre la réflexion en se demandant quelle est la puissance qui correspond au troisième genre de connaissance et pourquoi Spinoza en parle en termes d’amour. Reliant éthique et politique, R. Ciccarelli analyse ensuite l’éternité dans la science intuitive et dans le droit de la multitude. G. D’Anna insiste, quant à lui, sur le caractère à la fois immédiat et relationnel de la science intuitive dans l’Ethique et dans le Traité théologico-politique. Dans une perspective originale, F. Del Lucchese aborde le rapport entre la démocratie et le troisième genre de connaissance en se plaçant non seulement sous l’angle d’un homme pris individuellement, mais sous celui de la multitude envisagée comme un seul et même individu. Pour comprendre l’expérience de la science intuitive, R. Diodato invite à un rapprochement avec la connaissance esthétique où sentir et penser sont intimement liés. N. Marcucci estime pour sa part que la science intuitive est lisible à la lumière d’une stratégie fondatrice spécifique qu’il appelle « cosmologie négative », en tant que le réel dans sa positivité ne peut être entièrement donné par une déduction rationnelle. V. Morfino pense le troisième genre de connaissance sous l’angle des connexions singulières et met au jour le primat de la relation et de la rencontre sur la forme. Il redéfinit ainsi la connaissance sub specie aeternitatis comme la connaissance des rencontres et des relations dérivée de la connaissance du tout. L. Nocentini étudie l’influence galiléenne dans la science politique spinoziste tandis que F. Zourabichvili s’interroge pour finir sur la consistance du concept de science intuitive parfois considéré comme superflu, et en montre toute la pertinence, notamment à travers une reformulation des rapports entre intuition et déduction chez Spinoza.

Malgré une certaine hétérogénéité, qui tient en grande partie au choix initial de donner libre cours à la multiplicité des interprétations, l’ouvrage est très stimulant dans l’ensemble et présente un grand intérêt, car il renouvelle l’approche du concept de science intuitive et lui rend toute sa place au sein du système cognitif spinoziste en pondérant le poids parfois excessif accordé aux notions communes par les commentateurs.

Chantal Jaquet