Il y a des philosophies qui interdisent le suicide ; celle de Spinoza déclare qu’il est impossible. Le problème est donc de rendre compte de l’idée imaginaire qu’il constitue — puisque nous avons vraiment l’impression que Sénèque, Cléopâtre ou Hemingway se sont donné la mort volontairement. L’A. commence par cerner la question en reconstruisant tout ce qui dans le système rend à la fois impossible l’idée vraie de se supprimer et explicable l’illusion de le vouloir — depuis la théorie de la substance et des attributs jusqu’aux thèses sur la fiction et les différentes formes d’imagination, en passant bien sûr par la définition du conatus. Les textes sont analysés clairement et aboutissent à une conclusion fondée sur la composition de l’individu humain en « subindividus » : le « désir de mourir » exprime au niveau de la conscience imaginaire l’action des causes externes ou la discordance entre individus et « subindividus ».

Pierre-François Moreau