La bibliographie de Fokke Akkerman montre d’emblée l’impact philosophique et philologique de son oeuvre. Que l’on pense par exemple à la thèse Studies in the posthumous works of Spinoza (Groningen, 1980), devenue un ouvrage de base. A l’occasion de son soixante-dixième anniversaire, le liber amicorum intitulé Limae Labor et Mora a fêté académiquement l’événement. Le titre, qui renvoie à Horace, indique immédiatement que Akkerman n’est pas seulement célèbre pour sa recherche spinoziste, mais aussi pour sa recherche concernant le néo-latin, l’humanisme et les Classiques. Il n’est alors pas étonnant d’y retrouver des articles sur Pline le Jeune, Pétrarque, Agricola, Erasmus, Grotius, etc. Des articles sur Spinoza ne pouvaient pas manquer non plus ; on n’en retrouve pas moins de cinq.
Mignini a écrit sur « la langue et la communication chez Spinoza » (p. 172-183). Dans sa philosophie communautaire, le suprême bien est le transfert de connaissance et c’est dans ce sens-là qu’il interprète la notion philosophique de la communication, qui n’est d’ailleurs pas sans difficultés. Pensons à la « prudence » qui mérite beaucoup d’attention chez Spinoza. Comme il accentue le dédoublement de la théorie de la langue chez Spinoza, Mignini insiste sur la notion de « géométrie de la langue » et de « langue de la géométrie ».
Pierre-François Moreau (« Le vocabulaire psychologique chez Spinoza et le problème de sa traduction », p. 184-188) décrit les difficultés qui surgissent de la traduction de termes psychologiques. Dans le contexte de la nouvelle traduction du Tractatus Theologico-Politicus (texte établi par F. Akkerman), il a connu ce problème avec des mots comme mens, anima, animus, spiritus, etc. L’article développe trois aspects : de manière générale, la difficulté de la traduction du latin car le vocabulaire est plus riche que celui des langues modernes ; la terminologie psychologique du xviie siècle ; enfin, les problèmes inhérents à la philosophie spinoziste.
Piet Steenbakkers examine à son tour la conception de la « tolérance » chez Spinoza en la comparant à celle de Locke et Bayle (« Spinoza over verdraagzaamheid », p. 189-194). En répondant à la question « Spinoza défend-il l’idée de la tolérance de la même façon que Locke et Bayle ? » il ne fait pas seulement trois remarques, mais avance aussi que l’influence de Spinoza, ou sa valeur pour la philosophie contemporaine, n’était pas aussi importante à l’époque que celle de ses contemporains Locke et Bayle.
Jacqueline Lagrée (p. 195-205) résume directement le contenu de son article avec son titre : « Y a-t-il une théodicée chez Spinoza ? ». La question posée n’est pas si évidente qu’il pourrait y paraître car le terme ne fait pas partie du lexique spinoziste. Mais ceci n’est pourtant pas une raison pour conclure prématurément qu’un tel concept ne peut pas découler de la philosophie spinoziste. Une telle recherche doit alors être une relecture a parte post. Des ressemblances et des comparaisons entre le système spinoziste et le système leibnizien peuvent être établies, mais J. Lagrée est réaliste quand elle conclut que le vocabulaire des deux philosophes reste fondamentalement différent. Tout au plus peut-on y voir un discours parallèle.
L’article de Theo Van Der Werf, secrétaire de l’association Het Spinozahuis, porte sur les aventures d’un exemplaire du Tractatus Theologico-Politicus appartenant à un certain Klefmann (p. 206-211). À la fin de sa vie, Spinoza offrit à celui-ci un exemplaire de son Traité. Le surprenant n’est pas seulement le fait que le nom de Klefmann n’est même pas mentionné dans la correspondance, mais aussi que dans cet exemplaire Spinoza a écrit une dédicace, cinq annotations et treize autographes, ce qui dit bien la très grande valeur de cet exemplaire pour les études spinozistes. Van der Werf décrit de manière très amusante comment ce livre est parvenu de Königsberg à Haïfa. Mais c’est tout le livre qui est agréable à lire, véritable liber amicorum, tel que chaque savant aimerait en recevoir un pour son soixante-dixième anniversaire !
Günther Coppens