Cet ouvrage vise à éclairer les multiples usages et significations du corps au XVIIe siècle. Il s’articule autour de trois axes : l’équivocité du corps cartésien, les figures du corps dans la philosophie de Pascal, les représentations du corps humain chez Spinoza, Malebranche et Leibniz. L’article de Chantal Jaquet (p. 127-141) s’inscrit dans cette perspective en proposant une réflexion sur le principe de différenciation des corps chez Spinoza et, plus précisément, sur ce qui distingue le corps humain des autres corps et les corps humains entre eux. Après avoir montré que le refus spi-noziste de recourir à l’âme pour penser la spécificité du corps humain a son origine dans sa théorie des attributs, Chantal Jaquet examine le critère donné par Spinoza, à savoir l’aptitude du corps à agir et à pâtir (Ethique II, XIII, sc.). Ces deux aptitudes n’ont toutefois pas le même statut : l’aptitude à pâtir indique une différence là où l’aptitude à agir l’explique. Est ensuite élucidé le sens de l’expression « être affecté […] d’un très grand nombre de manières » (Ethique II, postulat III). La quantité est ici liée au degré de composition des corps. Cependant, ce critère numérique doit être complété par la considération de la nature du corps : un même affect (la libido d’un homme par exemple) sera ainsi différent selon la nature du corps qui est affecté (selon que cet homme est libre ou non).
Cécile Nicco-Kerinvel