Le livre reprend (après une préface de l’éditeur) treize interventions d’un colloque tenu à Helsinki les 16 et 17 septembre 2002. On y trouve des contributions de chercheurs de Finlande (6 textes), Suède (3), Allemagne (2), Russie (1) et Danemark (1).

Le lecteur qui souhaite trouver une image représentative du spinozisme nordique actuel est d’abord frappé par le déséquilibre national et surtout par l’absence des spinozistes norvégiens, qui ne sont pourtant pas des moindres. Le texte de Kari Väyrynen sur l’interprétation du spinozisme d’Arne Næss, d’abord analytique, ensuite « écosophique », ne suffit guère à rétablir l’équilibre. On peut également se demander pourquoi la seule contribution danoise est un article déjà publié ailleurs, une analyse du cinéma de Lars Von Trier qui ne se sert que brièvement d’une interprétation particulière du spinozisme (celle de Deleuze). S’il n’y a rien à redire à l’article comme tel, reste qu’il reflète assez bien l’état lamentable du spinozisme danois, d’autant plus regrettable que le Danemark eut une belle école spinoziste vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Comment se fait-il qu’il faille aujourd’hui un Allemand pour rédiger un article sur le spinozisme danois, en l’occurrence Manfred Walther, sur Carl Nicolai Starcke (1858-1926) ? De même, on peut regretter – comme le fait d’ailleurs le rédacteur du recueil qui lui-même renoue avec l’histoire du spino-zisme nordique avec un bel article sur le Finlandais Wilhelm Bolin (1835-1924) – l’absence d’un texte portant sur le maître de cette école danoise, Harald Höffding (1843-1931). L’article de Carl-Göran Heidegren sur les discussions entre Höffding et ses collègues scandinaves autour du « parallélisme » spinozien y remédie cependant en partie.

Le thème du rapport Nietzsche/Spinoza est fort représenté, avec trois articles. Frederika Spindler reprend des thèmes d’une thèse sur Spinoza et Nietzsche soutenue à Montpellier dans une contribution plus française que nordique dans sa perspective. Jukka Laari écrit sur les interprétations de Hegel et de Nietzsche. Retenons surtout ici l’article de Thomas Brobjer qui argumente de façon convaincante sur l’idée que Nietzsche n’a jamais lu son « précurseur », mais que toutes ses informations sur Spinoza proviennent de la littérature secondaire, principalement de la Geschichte der neuern Philosophie (1865) de Kuno Fischer.

Dans les miscellanea : l’article d’Olli Koistinen sur la lettre du danois Niels Stensen (Nicolas Steno) à Spinoza mérite l’attention par le seul fait qu’il prend au sérieux la critique proposée par Stensen, qui fut un grand intellectuel malgré son catholicisme parfois trop fervent ; l’article de Carola Häntsch concerne le spinozisme chez Thomas Thorild (1759-1808), partisan nordique de l’Aufklärung à l’université de Greifswald ; Arto Repo compare Leibniz et Spinoza à propos de la question de l’individuation des corps ; Mikko Salmela propose une analyse de type cognitiviste d’une notion d’« authenticité émotionnelle » à laquelle est attaché de façon finalement assez arbitraire un paragraphe sur Spinoza. Pour finir, Igor Kaufman nous procure un « rapport bibliographique » sur la réception des spinozistes scandinaves en Russie (surtout Bolin et Höffding).

Mogens Lærke