Le but général que s’assigne A.V. Garrett consiste à étudier la façon dont la mé-thode adoptée par Spinoza est susceptible de mener à la béatitude via la connaissance de Dieu et de l’esprit humain, conformément à l’ordre suivi par l’Éthique. Dans cet ouvrage assez touffu dont il n’est pas toujours facile de se rappeler ce qui en fait l’unité, l’A. s’appuie sur le fondement de l’opposition entre les deux interprétations traditionnelles du mos geometricus : celle, formaliste, dont H. Wolfson est le principal représentant, qui n’y voit qu’un vêtement habillant la doctrine, et celle de M. Gueroult par exemple qui, à l’inverse, le place au cœur de la compréhension de l’Éthique. L’A interprète ainsi le mos geometricus selon ce qu’il appelle « an emendative therapy » en référence au Tractatus de Intellectus Emendatione et le compare avec d’autres projets similaires dans l’histoire de la philosophie, en s’efforçant constamment de rechercher les sources de la perspective spinoziste. Les deux premiers chapitres exercent la fonction de préliminaires en analysant successivement plusieurs concepts tels ceux de partie, d’adéquation ou d’infini. Le chapitre 3 se concentre sur l’emendatio dans le TIE et montre que la méthode ne consiste pas à acquérir de nouvelles idées adéquates mais d’abord à délimiter la part de nos idées qui sont inadéquates pour, ensuite, relier toutes nos idées à cette « ur-adequate idea » qu’est l’idée de Dieu (p. 94). Les chapitres 4 et 5 dégagent le contexte (Hobbes, Descartes, Maïmonide, Gersonide, etc.) dans lequel s’inscrit la méthode de Spinoza, tandis que le chapitre 6 examine sa théorie de la définition, en s’appuyant notamment sur l’étude de la lettre 83 à Tschirnhaus qui explique comment il est possible de déduire de la définition d’une chose non seulement plusieurs de ses propriétés mais même la totalité d’entre elles. L’A. insiste sur le fait que la façon dont les autres définitions sont générées à partir de la définition de Dieu comme causa sui ne correspond pas à un processus de construction, mais d’emendatio en vertu duquel l’esprit clarifie progressivement ses idées. Enfin, le dernier chapitre, qui sert également de conclusion, étudie le prolongement de la méthode jusque dans le troisième genre de connaissance.

Frédéric Manzini