L’A. est de plain pied dans la pensée des philosophes de l’âge classique qu’elle présente à travers la dyade raison et passion ; avec un fil conducteur tel que la force des affects et le pouvoir de la raison, on pourrait s’attendre à un commentaire « cousu de fil blanc », mais la simplicité et l’évidence sont ici la marque d’une connivence établie avec les auteurs au cours d’une longue et exigeante fréquentation. Le dua-lisme cartésien du rationnel et du passionnel, les raisons du cœur selon Pascal, la dimension passionnelle de la nature humaine chez Hobbes, l’actif et le passif dans l’immatérialisme de Berkeley et la raison au service des passions selon Hume, quatre thèmes, quatre problématiques à égale distance de la thématique centrale de ces études : la force des affects et le pouvoir de la raison chez Spinoza. Se refusant à opposer l’approche historique à la problématisation des questions, l’A. cherche à comprendre le lien qui unit, y compris dans les conflits les plus durs, les philosophes que l’histoire a situés dans un même champ de problématisation : celui de la raison et de son (ou de ses ?) autre (s). Spinoza occupe un lieu bien particulier ; il se trouve au centre et surtout à la croisée du rationalisme volontariste et dualiste de Descartes et du scepticisme relativiste de Hume. La théorie spinozienne des affects est située dans la logique du système ; l’ontologie comprise dans quelques définitions peut se comprendre à partir de l’anthropologie fondée sur le concept de conatus et l’identité entre l’ordre des choses et l’ordre des idées. Notons enfin l’analyse claire et nécessaire de trois critères pour différencier l’action de la passion chez Spinoza : le premier dans le registre éthique ; le second dans le registre gnoséologique et le troisième dans le registre ontologique. Autant d’exercices pour penser avec Spinoza.
Evelyne Guillemeau