Après le Traité théologico-politique, la nouvelle édition scientifique des œuvres complètes publiées par les PUF sous la direction de P.-F. Moreau s’enrichit d’un deuxième volume consacré au Traité politique. Le texte latin édité par Omero Proietti présente des améliorations par rapport à l’édition de Gebhardt. Il s’y ajoute un riche apparat critique qui offre, au bas de la page de gauche, un vaste panorama des sources de Spinoza, aussi bien latines que modernes (Grotius, Hobbes, Machiavel, etc.). Proietti décèle ainsi à travers plusieurs passages « les traces d’une lecture intense des Troyennes » de Sénèque, « lieu de l’affrontement tragique entre pietas et necessitas », ce qui donne au Traité un éclairage nouveau qui devrait alimenter l’analyse. À l’heure où, comme le rappelle tout récemment P.-F. Moreau dans ses Problèmes du spinozisme (Vrin, 2006, p. 13) l’élucidation des controverses qui donnent leur sens aux conflits politiques, religieux et scientifiques de l’époque est devenue indispensable pour préciser l’originalité du système philosophique qui vient les bouleverser, cette édition s’impose immédiatement comme instrument de travail. Le vaste travail d’annotation effectué par Ch. Ramond « a pour ambition de faciliter l’accès au texte » en explicitant les renvois internes, les références aux autres œuvres de Spinoza, à des situations ou encore à des ouvrages d’autres auteurs. Signalons ici les lumineuses analyses de détail signées Alexandre Matheron, lequel a accompagné du début à la fin le travail du traducteur.

La traduction elle-même, comme le souligne Ch. Ramond, n’est pas seulement une nouvelle traduction (la précédente, due à P.-F. Moreau et équipée d’un index informatique, remonte à 1979) ; elle s’est enrichie du travail de ses prédécesseurs français et étrangers, de l’abondante littérature critique consacrée à Spinoza depuis 25 ans et des conseils d’un grand nombre de spécialistes auxquels il est rendu hommage. Ce qui n’exclut pas le style et l’originalité, comme en témoigne également la très personnelle préface du traducteur, inattendue dans une édition qui vise à l’objectivité scientifique (si l’on se réfère à l’exigence, formulée dans le volume du Traité théologico-politique, p. 47, d’éviter « tout ce qui pourrait tendre à juxtaposer au Traité une interprétation philosophique »). Quoi qu’il en soit, cette préface ne manquera pas de susciter la réaction du lecteur. L’auteur y poursuit sous une forme radicalisée sa réflexion amorcée dans son ouvrage de référence Quantité et qualité chez Spinoza et défend (jusqu’à l’identification paradoxale du rationnel et du raisonnable, p. 40-42) la thèse d’une pensée de l’extériorité pure qui triompherait dans le dernier ouvrage de Spinoza.

Ariel Suhamy

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