À quatre ans de sa parution en 2001 chez Oxford University Press (cf. notre compte rendu publié dans le « Bulletin de bibliographie spinoziste » XXIV), la traduction française de ce grand livre rend accessible à un public plus large ce qui constitue un modèle renouvelé de notre compréhension des Lumières. Cet ouvrage d’histoire des idées contribue de manière décisive à une mutation de notre manière habituelle de considérer cette époque : sa définition largement européenne va de pair avec une délimitation temporelle désormais située à la charnière entre le XVIIe et le XVIIIe siècles. Cette grande fresque fait ainsi des Lumières le premier grand socle commun européen, largement inspiré de spinozisme, dans lequel se sont élaborés les éléments constitutifs de notre modernité et des valeurs qui la fondent. La traduction française a fait l’objet d’une présentation le 5 novembre 2005 à la Sorbonne (cf. le liminaire du présent bulletin). En présence de l’auteur, les intervenants ont souligné la richesse exceptionnelle de l’ouvrage, la force novatrice de ses thèses, invitant l’auteur à revenir sur les aspects à la fois socio-culturels et politiques de la notion de « radicalité », ainsi que sur la part authentique ou présumée de spinozisme dans sa définition. Les résultats de cet ouvrage n’avaient pas attendu d’être traduits en français pour être discutés par la communauté scientifique : le colloque international « Les Lumières radicales : la transformation philosophique entre 1650 et 1750 », organisé à l’ENS Lettres et Sciences humaines de Lyon les 26, 27 et 28 février 2004 par C. Secrétan, T. Dagron et L. Bove, s’était fixé pour objectif de poursuivre la réflexion sur la notion même de Lumières radicales à partir de quatre perspectives critiques impliquées par la méthode et le sujet de l’étude de Jonathan Israel : « Lumières et libre pensée » (interventions de S. Hutton, G. Paganini, A. Mc Kenna, M. Benitez, J.-P. Cavaillé, G. Mori) ; « Publics et circulation des idées » (O. Bloch, E. Tortarolo, F. Brugère, L. Jaffro) ; « La critique politique » (L. Bove, C. Volpihac-Auger, C. Secrétan, Th. Verbeek) ; « Spinozisme et radicalité » (M. Walther ; P.-F. Moreau, W. van Bunge, A. Thomson, Y. Citton, M. S. Seguin, T. Dagron, P. den Boer).

Lorenzo Vinciguerra

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