Précisons d’emblée, pour éviter tout malentendu, que ces 100 mots sur l’Éthique de Spinoza n’ont pas pour prétention de faire progresser la recherche ni les études spinozistes : il s’agit plutôt d’un ouvrage de découverte qui, en outre, satisfera l’engouement actuel des éditeurs et des lecteurs pour la forme du dictionnaire. Il faut reconnaître que le procédé s’avère ici assez efficace : au moyen de 83 (et non 100) entrées, l’A. aborde de façon suffisamment concise pour ne pas lasser le lecteur inaverti un vaste ensemble de thématiques spinozistes et donne un aperçu suggestif de la doctrine de l’Éthique en ponctuant de petites citations chaque article qui, s’étendant sur quelques pages, s’achève par un renvoi à d’autres entrées. L’exercice n’en reste pas moins périlleux et certains raccourcis de l’A. feront peut-être sourciller les spécialistes comme par exemple l’identification abrupte entre « idée » et « conscience » (p. 190-193) ou encore la définition du spinozisme comme « humanisme intégral » (p. 353-354), qui engendre sans doute plus d’obscurité qu’elle n’est censée en lever. Ceux qui, par ailleurs, connaissent les publications précédentes de Robert Misrahi ne seront pas surpris de voir une large place faite ici à la question du bonheur, pas plus qu’ils ne le seront des hommages répétés rendus par l’A. à ce qu’il considère comme « la philosophie […] la plus libre, la plus complète et la plus concrète de toute l’histoire de la pensée » (p. 235).
Frédéric Manzini
Reproduction interdite