Après une mise en contexte assez exhaustive de la question des rapports entre les philosophies spinoziste et cartésienne d’après les Principes de la Philosophie de Descartes, Homero Santiago, maître de conférences à l’Université de Sao Paulo (USP, Brésil), soutient, dans son livre qui fut originairement sa thèse de Master en Philosophie sous la direction de Marilena Chauí, que ce qui constituerait la marque du spinozisme dans les PPC serait la soumission des contenus philosophiques cartésiens à un ordre géométrique spécifiquement spinoziste – qui à son tour serait une réalisation d’un propos cartésien non entièrement effectué. Les PPC seraient ainsi une correction apportée à la philosophie de Descartes, non pas dans son contenu mais dans sa forme de présentation. Si l’ordre géométrique consiste en ce que, selon les mots de Louis Meyer, « les choses qui sont proposées comme premières doivent être connues sans l’aide des suivantes, et les suivantes doivent être disposées de façon à pouvoir être démontrées uniquement par celles qui les précédent », Descartes n’aurait pas démontré ses Méditations Métaphysiques selon cet ordre. En réponse à ses opposants, il l’aurait fait ensuite, dans ses Raisons qui prouvent l’existence de Dieu et la distinction entre l’âme et le corps disposées à la manière géométrique, mais seulement en ce qui concerne certains points principaux de ses Méditations. Contrairement au dessein que lui-même avait proposé pour la philosophie, Descartes n’aurait pourtant pas démontré l’ensemble de ses idées selon la méthode par laquelle Euclide démontra ses Eléments. Dans les PPC, Spinoza, en désirant réordonner les idées cartésiennes sous cet ordre, serait resté donc fidèle à l’ordre préconisé par Descartes mais non réalisé par lui-même. Au moment où il impose à Descartes la démonstration géométrique, il se voit cependant obligé de supprimer certaines lignes argumentatives de Descartes pour les considérer ou bien comme inutiles ou bien comme contraires à la démonstration ; et, pour compléter celle-ci, il en rajoute quelques-unes. Santiago refait ce parcours de construction des PPC, en rapportant les axiomes du PPC aux sources des divers textes de Descartes qui sont à leur origine. Spinoza montre ainsi que la mise en ordre de la philosophie cartésienne par un collage de morceaux des œuvres du philosophe français n’est pas contingente, mais qu’elle lui a été nécessaire pour éviter les incohérences formelles de cette philosophie. La mettre en ordre force ainsi son contenu à s’y adapter – il s’agit toujours, pourtant, du contenu cartésien, que Spinoza amende, afin d’en corriger la démonstration, mais qu’il ne change guère. Cette refonte du matériel cartésien, conclut Santiago, révèle ainsi, finalement, un ordre géométrique spécifiquement spinoziste. Ce que Spinoza aurait retenu de Descartes serait, non point le contenu de sa philosophie, mais l’ordre proposé – ou plutôt l’idée que la philosophie peut et doit être démontrée géométriquement. Ainsi, même si son contenu n’est pas toujours vrai au regard du spinozisme, le cartésianisme peut lui aussi comme toute chose, être démontré selon un ordre vrai. Le texte de Santiago est suivi de sept appendices, de tables de correspondance et d’autres précieux instruments de travail pour l’étude des PPC.

André Martins

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