Ce volume collectif a pour objet de présenter l’ensemble de l’œuvre de Spinoza de manière à la fois claire et instruite, grâce aux contributions de chercheurs reconnus dans le domaine des études spinozistes. Il offre un parcours chronologique, qui part des éléments de biographie, exposés par Piet Steenbakkers, et s’achève sur une bibliographie et un index nominum.
Malgré l’absence d’une analyse générale des Principes de la philosophie de Descartes, on saluera l’effort pour présenter les œuvres de jeunesse, comme les Pensées métaphysiques (Frédéric Manzini, ch. II) et le Court Traité (Pierre-François Moreau, ch. IV), souvent négligées par les commentateurs, et pour renouveler l’interprétation du Traité de la réforme de l’entendement (Adrien Klajnman, ch. III). Tandis que l’examen du Traité théologico-politique par Nicolas Israël (ch. V) repose sur une approche thématique des thèses spinozistes et aborde notamment la théocratie hébraïque, la question de la théologie et des limites de la puissance souveraine, l’étude de l’Éthique à laquelle sont consacrés les chapitres VI à X, garde le découpage du livre en cinq parties. Malgré une certaine hétérogénéité des approches, qui nuit un peu à une vision d’ensemble de l’Éthique, les cinq commentateurs, Françoise Barbaras (Eth. I), Evelyne Guillemeau, (Eth. II), Laurent Bove (Eth. III), Saverio Ansaldi (Eth. IV) et Pascal Sévérac (Eth. V) restituent, chacun à leur manière, les enjeux essentiels de chaque partie, et réalisent le tour de force de présenter de manière concise et précise les thèses principales de Spinoza. Au chapitre XI, Charles Ramond dégage le sens et le projet du Traité politique en attirant l’attention sur le problème de sa finalité véritable.
L’ouvrage ne s’achève pas avec l’exposé des textes classiques du corpus, il présente le mérite d’intégrer un article de Philippe Cassuto (ch. XII) sur l’Abrégé de grammaire hébraïque ainsi qu’une analyse très documentée d’Henri Laux sur la correspondance (ch. XII). Il comporte en outre deux chapitres bien informés sur la réception de Spinoza aux XVIIe et XVIIIe siècles (Mogens Laerke, ch. XIV) et aux XIXe et XXe siècles (Pierre-François Moreau, ch. XV), et il se termine par une originale étude transversale menée par Lorenzo Vinciguerra sur le problème du langage chez Spinoza.
En définitive, le pari de ces Lectures de Spinoza est tenu. Au fait des dernières recherches, le livre est en même temps très pédagogique et constitue un solide instrument de travail, qui pourra être utile aussi bien au grand public qu’aux chercheurs plus spécialisés.
Chantal Jaquet
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