Quelles sont les conséquences philosophiques de la révolution cosmologique copernicienne ? Quels sont les bouleversements théoriques et conceptuels produits par la nouvelle vision héliocentrique de l’univers dans les champs de la métaphysique et de l’ontologie au XVIe et au XVIIe siècle ? Ces questions sont au centre du dernier ouvrage de Jean Seidengart, professeur d’histoire des sciences à l’Université de Paris X-Nanterre. On peut affirmer d’emblée que le travail de Seidengart est à maints égards magistral, et cela de plusieurs points de vue : par la clarté et la finesse des analyses, par l’étendue des thèmes et des auteurs traités, par l’originalité des interprétations et des thèses proposées. Dans un premier temps, après avoir pris en considération les fondements théoriques de la nouvelle physique copernicienne, Seidengart se concentre sur ses effets spéculatifs les plus novateurs, en particulier chez Giordano Bruno. Le philosophe italien est sans doute l’auteur qui, au XVIe siècle, radicalise de la manière la plus originale les présupposés de la physique copernicienne. Seidengart insiste particulièrement sur les concepts d’infini extensif, de pluralité, de monade et de minimum. L’ensemble de ces notions permet de mettre en lumière l’usage et la transformation des problématiques coperniciennes opérés par Bruno. La pensée de Bruno se caractérise ainsi par une théorisation de la métamorphose et de la vicissitude cosmique, par un éloge de l’infinité et de la pluralité des mondes, par une définition de la puissance divine comme vie agissante dans la matière. En ce sens, la physique de Copernic fournit à Bruno les outils philosophiques pour redéfinir de fond en comble les rapports entre Dieu et l’univers. Selon la même perspective herméneutique, Seidengart analyse les grands systèmes de l’âge classique, ceux de Descartes, Spinoza et Leibniz. A partir de la mathématisation de la physique élaborée par Galilée dans le sillage de la pensée de Copernic, Seidengart illustre les principes fondamentaux de la vision cartésienne du monde ainsi que la spécificité de la conception spinozienne de la substance infinie, renvoyant à la notion de « structure » et d’intégration dynamique du fini dans le tout. Il existerait ainsi un rapport théorique assez profond entre la philosophie infinitiste de la vie de Giordano Bruno et la définition spinozienne de l’immanence de la substance infinie.

L’ouvrage de Jean Seidengart constitue sans doute l’un des ouvrages les plus réussis et les plus passionnants sur les rapports, extrêmement articulés et souvent difficiles à cerner, entre la science et la philosophie de la Renaissance et les grands systèmes rationalistes de l’âge classique. En mettant en lumière les liens et les points de passage entre ces deux époques, plutôt que les ruptures ou les discontinuités, il ouvre un champ de recherche d’une grande envergure philosophique et d’un profond intérêt interprétatif.

Saverio Ansaldi

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