Si l’on s’intéresse au temps qu’il faisait le jour où Leibniz a rendu visite à Spinoza à La Haye, à l’éventuelle virginité de Spinoza ou à l’orientation sexuelle de Leibniz, à l’avarice du philosophe de Hanovre ou encore au regard intense (« fiery eyes ») du sage de La Haye, on prendra plaisir à lire l’ouvrage de Matthew Stewart, docteur en philosophie d’Oxford et ancien management consultant à New York. Bien renseigné, il est vrai, sur les sources disponibles comme sur les commentaires existants, Stewart nous propose 350 pages dont on ne saurait dire s’il s’agit d’un roman aux qualités littéraires discutables ou d’un travail en histoire de la philosophie sans grande valeur scientifique, à moins que ce ne soit les deux à la fois. A partir du principe méthodologique douteux selon lequel « le caractère [sous-entendu : des philosophes] est la philosophie » (p. 16), Stewart compare les vies de Leibniz et de Spinoza, non seulement pour en tirer des leçons sur le rapport entre leurs pensées, mais également pour s’engager, par la suite, dans une généralisation singulièrement démesurée : l’auteur considère en effet la confrontation entre les deux personnages comme l’image même de la dialectique fondamentale qui se trouve à l’origine du « monde moderne ». Tout cela s’organise autour de la description imaginaire de l’entrevue mythique (et mythologisée) des philosophes à la mi-novembre 1676. Bien entendu, ce n’est pas la première fois, et sans doute pas la dernière, que cette rencontre historique fournit l’occasion d’envolées romanesques de la part des historiens de la philosophie (voir par exemple Gompertz, Freudenthal ou Meinsma, sans comparaison d’ailleurs avec Stewart, à l’exception peut-être du premier). Mais jamais ces dérapages n’avaient été pratiqués de façon aussi poussée.

Mogens Lærke

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