On sait qu’en 1899 Jakob Freudenthal avait rassemblé la plus grande part des documents relatifs à la vie et au milieu de Spinoza ; il en était résulté un ouvrage de tout premier plan, un classique en la matière. Mais la recherche historique ayant considérablement progressé depuis lors, il fallait prolonger l’œuvre entreprise à partir des travaux les plus récents ; cela nous donne aujourd’hui cette somme exceptionnelle par l’ampleur de la documentation réunie et la qualité de sa présentation.
Le nouvel ouvrage se présente en deux volumes : le premier, intitulé « Textes », comporte ce que l’on peut appeler des « biographies » de Spinoza (par exemple celle de Colerus), puis des « documents » plus brefs qui concernent de façon très méthodique Spinoza et son milieu familial. Tout le deuxième volume, « Commentaire », se compose de notes relatives aux textes du précédent. Par rapport à l’œuvre de Freudenthal, de nombreux changements apparaissent :
1. Le nombre des « textes-sources » passe de 156 à 214, ce qui témoigne déjà d’un enrichissement considérable ; on trouve d’ailleurs en annexe une concordance des deux éditions qui permet d’identifier rapidement les changements intervenus. Parmi ceux-ci : l’ajout des biographies dues à Jarig Jelles et à Gottlieb Stolle/Hallmann ; la suppression des documents qui ne concernent pas Spinoza ou sa famille, ou qui n’ont pas de pertinence biographique directe, ou encore qui se trouvent déjà dans l’édition des œuvres de Spinoza ; le déplacement de documents de la partie des textes vers celle du commentaire ou la modification de leur présentation, de leur découpage par exemple. Au total, 96 nouveaux documents sont introduits.
2. La version des textes pris de la première édition a souvent été améliorée, des fautes d’impression manifestes signalées, des titres fautifs corrigés ; une nouvelle traduction de la biographie de l’Anonyme (Lucas ?) et du texte de Bayle proposée.
3. Une nouvelle classification des textes est présentée ; ainsi, par exemple, les « documents » sont désormais répartis en quatre sections : la famille de Spinoza, son père, Spinoza lui-même, enfin une restitution de ses expressions orales à partir de documents divers.
4. La partie du commentaire a été complètement revue ; elle constitue le deuxième volume, correspondant à la quatrième partie de l’ouvrage de Freudenthal.
5. Outre la concordance déjà mentionnée, les annexes comprennent une récapitulation des dates et lieux de la vie de Spinoza (à partir des informations rassemblées dans les deux volumes), ainsi qu’une généalogie familiale sous forme d’encart à la fin de l’ouvrage.
6. La bibliographie est à ce point remarquable (avec 1521 références !) qu’elle restitue la quasi-totalité de la littérature consacrée à la vie et aux fréquentations de Spinoza, de manière systématique, ordonnée en sections thématiques et selon les langues des textes présentés.
7. Un index final en trois parties concerne successivement : la bibliographie, les textes et leurs explications, les matières traitées.
Il est impossible de détailler ici la richesse des documents exploités et leur apport à la connaissance de Spinoza (on ne peut qu’être frappé, notamment, par la quantité de textes qui témoignent de réactions hostiles au Traité théologico-politique). Il convient donc d’admirer sans réserve la qualité et l’ampleur d’un projet qui a voulu permettre un nouvel accès à l’œuvre de Freudenthal ; en l’enrichissant partout où cela était possible, il a voulu retrouver, selon les mots mêmes de la préface, le dynamisme d’une recherche spinoziste si vivante en Allemagne jusqu’en 1933. L’entreprise a demandé près de trente ans de travail et a réuni bien des collaborateurs. Il faut saluer l’ouvrage indispensable qui en est le fruit, un nouveau « classique » des études spinozistes.
Henri Laux
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