Après un guide de lecture des Méditations métaphysiques de Descartes, Emanuela Scribano, professeur à l’Université de Sienne, nous offre aujourd’hui un guide de lecture de l’Éthique de Spinoza. Après avoir présenté la genèse de l’œuvre et sa structure, le livre propose une analyse détaillée de l’argumentation et des thèses principales des cinq parties, suivie d’un chapitre sur la fortune ultérieure de l’œuvre (XVIIIe-XIXe siècles surtout) et enfin une bibliographie analytique. L’analyse est, comme toujours chez E.S., très claire, très informée et pertinente : elle offre, en un nombre réduit de pages, les clés pour entrer dans l’œuvre en écartant les difficultés de lecture qui tiennent non seulement au style très particulier de cette philosophie mais encore à son vocabulaire. La proximité-distance avec Descartes est clairement explicitée (par ex. l’attribution de l’extension infinie à Dieu alors que Descartes n’accordait qu’un caractère indéfini à l’étendue pour n’attribuer l’infinité qu’à Dieu, ainsi que la relation aux thèses d’Aristote dans la cinquième partie. Si l’A. propose des explications internes à l’œuvre, elle ne masque pas non plus les difficultés, notamment dans le commentaire de la cinquième partie (comment penser l’âme sans le corps ? comment une âme qui demeure après son corps, sans mémoire, peut-elle constituer un ‘je’ ? [p. 154]).
Il ne faut pas attendre de ce livre une explication détaillée des propositions de l’Éthique (à la manière de ce qu’avait fait Pierre Macherey en cinq volumes) mais, comme le titre l’indique, un guide de lecture qui s’appuie à la fois sur une connaissance des travaux récents sur Spinoza et sur une maîtrise sans faille de la philosophie classique. E. Scribano montre par là de manière indiscutable qu’on peut être à la fois une chercheuse de renommée internationale et un grand professeur.
Jacqueline Lagrée
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