Cet impressionnant volume, dirigé par Daniela Bostrenghi et Cristina Santinelli, est le recueil des actes des journées d’études dédiées à la mémoire d’Emilia Giancotti du 2 au 4 octobre 2002 à Urbino, enrichi de nouvelles contributions ; il a pour objet d’examiner le rapport entre la pensée de Spinoza et la tradition culturelle italienne. Il vise à explorer aussi bien les sources italiennes et latines de la pensée de Spinoza que son influence sur la culture italienne du XVIIIe siècle au XXe siècle. Précédées d’une courte préface et d’une introduction rédigée par Cristina Santellini, (p.13-20), les vingt cinq études rassemblées dans le livre sont organisées autour de deux grandes sections :
– Spinoza e l’Italia. Fonti, interlocutori, assonanze (Spinoza et l’Italie. Sources, interlocuteurs, assonances, p. 27-370).
– Spinoza in Italia. Letture del novecento (Spinoza en Italie, lectures du XXe siècle, p. 371-694).
La première partie, Spinoza et l’Italie, porte sur les sources et les interlocuteurs latins et italiens de Spinoza. Elle vise à repérer les inspirations ou les confrontations implicites et explicites entre Spinoza et les auteurs de langue latine ou italienne, y compris ceux dont les écrits ont contribué à répandre même indirectement des motifs spinozistes dans la culture italienne du XVIIIe au XIXe siècle. Elle comprend une série d’études consacrées à Spinoza et Lucrèce (V. Morfino, « Il mondo a caso. Su Lucrezio e Spinoza », p. 25-49), à Spinoza et Tacite (G. Lucchesini, « Spinoza e Tacito Paradigmi della modernità e classicità politica », p 51-83), à Spinoza et Pétrarque (P. Pozzi, « De vita solitaria : Spinoza lettore di Petrarca », p. 85-110), à Spinoza et Léon Hébreu (A. Domínguez, « El Amor Dei intellectualis en León Hebreo y Spinoza », p. 111-147), à Spinoza et aux aristotélismes de la Renaissance, (F. Piro, « Spinoza e gli aristotelismi del Rinascimento. Cesura storica e continuità indirette », p. 149-169). La première section s’intéresse également, dans la lignée des travaux de Y. Yovel aux antécédents italiens de l’hérésie spinoziste (P. Cristofolini, « Antecedenti italiani di un’eresia totale », p. 171-187), à Spinoza et Machiavel (E. Balibar « “La verità effettuale della cosa”. Spinoza et Machiavel », p. 189-209), Spinoza et Bruno, (F. Mignini, « Spinoza e Bruno. Per la storia di una questione storiografica », p. 211-271), Spinoza et Herrera, (G. Saccaro Del Buffa, « Herrera, Spinoza e la dialettica umanistica », p. 273-297), Spinoza et la science nouvelle : Galilée et Boyle (L. Simonutti, « Dalle “sensate esperienze” all’ermeneutica biblica. Spinoza e la nuova scienza : Galilei e Boyle », p. 299-327). Elle s’achève sur la confrontation entre Spinoza et certains auteurs italiens du xviiie siècle au sujet des droits fondamentaux (P. Totaro, « Nota sui ‘diritti fondamentali’ in Spinoza e in alcuni autori italiani del settecento », p. 329-349), et sur le rapport entre Spinoza et Leopardi (M. Biscuso, « Stratonismo e spinosismo. L’invenzione della tradizione materialistica in Leopardi », p. 351-370).
La seconde partie, Spinoza en Italie, est fondée sur les perspectives et prospectives ouvertes par le spinozisme. Elle examine sa fortune en Italie au xxe siècle et s’étend jusqu’aux tendances postfordistes les plus récentes ainsi qu’aux recherches dans le milieu psychanalytique. Ces lectures du XXe siècle s’ouvrent sur le Spinoza cabbaliste de Benamozegh (L. Amoroso, p. 373-388), Spinoza et Labriola (Daniela Bostrenghi, p. 389-404), Spinoza et Giuseppe Rensi, (A. Montano, p. 405-439), Spinoza et Martinetti (A. Vigorelli, p. 441-466), Spinoza et Erminio Troilo (Biasutti, p. 467-482). C. Santinelli nous fait découvrir les portraits de Spinoza entre 1900 et 1924, (p. 483-534) ; S. Visentin présente quelques interprétations du spinozisme politique, Solari, Ravà, Droetto entre Machiavel et Hobbes (p. 535-561). R. Bordoli se consacre aux traducteurs italiens des Lettres de Spinoza, Ubaldo Lopes-Pegna et Antonio Droetto, (p. 563-576). O. Proetti traite de Flavius Josèphe et du désaccord « marrano-sadducéen » en dialogue avec Arnaldo Momigliano (p. 577-611). Sont ensuite analysés le Spinoza de Teodorico Moretti-Costanzi, par C. Vinti (p. 613-644), et celui de Remo Cantoni par P. T. Grassi (p. 645-655). Le volume s’achève sur l’étude de Spinoza postfordiste par A. Illuminati (p. 657-672), et sur la signification de la philosophie de Spinoza dans la pensée de Lacan par S. Mistura (p. 675-694).
De par la richesse de ses approches et la diversité de ses contributions, cet ouvrage livre un excellent panorama des rapports entre Spinoza et la pensée italienne. Sans prétendre à l’exhaustivité, il se présente comme une véritable histoire du spinozisme en Italie, histoire qui n’en finit pas de s’écrire et d’ouvrir de nouvelles possibilités de réflexion. Ce travail collectif s’impose ainsi comme un ouvrage de référence, témoignant de la vitalité extraordinaire des recherches sur le philosophe hollandais en Italie.
Chantal Jaquet
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