Ce très riche collectif vient compléter la série d’études d’histoire de la réception de Spinoza entreprise à l’Université de Paris 1 durant les deux dernières décennies à l’initiative d’Olivier Bloch, et qui avait déjà donné lieu à la publication des volumes Spinoza au XVIIIe siècle (Paris : Klincksieck, 1990 – journées des 6 et 13 décembre 1987) et Spinoza au XXe siècle (Paris : PUF, 1993 – journées de janvier et mars 1990). On peut sans doute regretter le retard avec lequel paraît ce troisième volet (André Tosel s’en explique dans sa « Présentation », p. 7-18), mais on doit surtout se féliciter de disposer enfin d’un ensemble à ce point novateur et intéressant.
La place principale est légitimement donnée à la réception de Spinoza en Allemagne. Cette première partie s’ouvre sur l’article de Piet Steenbakkers, « Les éditions de Spinoza en Allemagne au xixe siècle » (p. 21-32). Suivent deux articles consacrés au « Spinoza du Pantheismusstreit » : Pierre-Henri Tavoillot, « Signification et enjeu du retour à Spinoza dans la querelle du panthéisme » (p. 35-45) ; et Myriam Bienenstock, « Herder et Spinoza » (p. 47-61). La sous-partie suivante est consacrée aux rapports entre « l’idéalisme allemand et Spinoza ». Elle comprend quatre contributions : Jean-Marie Vaysse, « Spinoza dans la problématique de l’idéalisme allemand – historicité et manifestation » (p. 65-74) ; Thomas Kisser, « Spinoza et Schelling » (p. 75-85) ; Klaus Hammacher, « Spinoza et Fichte » (p. 87-98) ; et enfin Wolfgang Bartuschat, « Spinoza et le dernier Fichte » (p. 99-107). Sont ensuite abordés les « thèmes spinozistes dans la gauche hégélienne », dans un article de Gérard Bensussan, « Feuerbach et le ‘secret’ de Spinoza » (p. 11-123). Deux articles traitent ensuite des rapports entre « Spinoza, Marx et le marxisme » : André Tosel, « Pour une étude systématique du rapport de Marx à Spinoza – remarques et hypothèses » (p. 127-147) ; et Jean Salem, « Georges Plekhanov, lecteur de Spinoza » (p. 149-160). Le dernier thème abordé dans cette première partie évoque enfin « Spinoza à l’ombre du nihilisme », et comprend trois contributions : Christophe Bouriau, « Conatus spinoziste et volonté schopenhauerienne » (p. 163-180) ; Bernard Rousset, « L’image schopenhauerienne du spinozisme – causa sive ratio cur » (p. 181-191) ; et Philippe Choulet, « Le Spinoza de Nietzsche : les attendus d’une amitié d’étoiles » (p. 193-205).
La seconde partie de l’ouvrage, justement intitulée « Spinoza en France, en Italie, en Russie et ailleurs » regroupe toutes les autres communications. La réception de « Spinoza en France » rassemble neuf contributions : Jacques Moutaux, « Maine de Biran et Spinoza » (p. 211-220) ; Pierre-François Moreau, « Traduire Spinoza : l’exemple d’Emile Saisset » (p. 221-230) ; Jean-Pierre Cotten, « Spinoza et Victor Cousin » (p. 231-242) ; Chantal Jaquet, « La réception de Spinoza dans les milieux catholiques français » (p. 243-253) ; Pierre Macherey, « Spinoza lu par Victor Hugo » (p. 255-267) ; Christian Lazzeri, « Spinoza et Durkheim » (p. 269-280) : André Comte-Sponville, « Jean-Marie Guyau et Spinoza » (p. 281-294) ; Jean-Michel Le Lannou, « ‘Un temple pur’ – Léon Brunschvicg, lecteur de Spinoza » (p. 295-310) ; et Alexandre Matheron, « Les deux Spinoza de Victor Delbos » (p. 311-318).
Une partie intitulée « Spinoza et l’Italie » comprend quatre contributions : Alessandro Savorelli, « Bertrando Spaventa : Spinoza entre Bruno et Hegel » (p. 321-329) ; Roberto Bordoli, « Notes sur le positivisme italien et Spinoza » (p. 331-344) ; Jean-François Braunstein, « Spinoza ‘génie juif’ ou criminel ? Spinoza jugé par C. Lumbroso, E. Ferri, P. Bourget » (p. 345-362) ; enfin Cristina Santinelli, « Rosmini et Gioberti, lecteurs de Spinoza – considérations en marge d’une polémique » (p. 33-374).
La partie consacrée à « Spinoza et la Russie » comprend deux contributions : V. I. Metlov, « Spinoza dans la philosophie russe » (p. 377-386) ; et François Zourabichvili, « Le spinozisme spectral d’Anton Tchekhov » (p. 387-399).
Une partie intitulée « Spinoza en Espagne et dans l’Europe du Nord » regroupe quatre textes : Hélène Politis, « Les Papiers de Kierkegaard consacrés à Spinoza » (p. 403-414) ; Fokke Akkerman, « Jan Hendrik Leopold, poète et spinoziste » (p. 415-425) ; Wiep Van Bunge, « Johannes Van Vloten et le ‘premier’ spinozisme néerlandais au XIXe siècle » (p. 427-439) ; et Atilano Dominguez, « Spinoza dans l’Espagne du XIXe siècle » (p. 442-452).
Une dernière sous-partie, « Politiques de Spinoza », regroupe deux textes : Manfred Walther, « La doctrine politique de Spinoza – la (re) découverte de la philosophie politique de Spinoza par Adolf Menzel » (p. 455-472) ; et Elhanan Yakira, « La pensée politique juive face à Spinoza » (p. 473-486).
L’ensemble est passionnant, et tout spécialiste comme tout amateur de Spinoza y trouvera à s’instruire, à s’étonner, à réfléchir et à reconsidérer ses certitudes. Seule l’absence incompréhensible d’un index des noms enlève à ce recueil, du fait même de sa profusion en ce domaine, une partie de sa valeur de référence.
Charles Ramond
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