La traduction moderne des Meditationes ne pouvant reproduire la continuité du latin (où les trois premières sont d’un seul tenant, la quatrième ne comporte qu’un alinéa, la cinquième cinq et la sixième de nombreux), comment décider des alinéas ? Déjà le duc de Luynes et Clerselier proposaient des répartitions différentes. Comment résoudre cette question ? Matériellement, on ne peut soutenir qu’un intervalle vaille comme alinéa (certains suivent une virgule, d’autres suivent même des alinéas, dans la fin du texte). On ne peut pas davantage faire le départ entre l’autorité de D. et celle de son premier traducteur. La question philologique des alinéas relève en fait de la compréhension philosophique du texte. L’A. prend quelques exemples qui remettent en cause la répartition du duc de Luynes en soulignant les modifications qui résultent, pour notre lecture de D., de l’accentuation de la continuité : l’analyse du morceau de cire, la preuve de l’existence des corps, l’argument de la folie (l’A. souligne que la polémique entre Foucault et Derrida se comprend à partir de la question de l’alinéa). Mais, c’est surtout le texte du cogito qui est étudié (p. 24-26). Si l’on va à la ligne après le cogito (à « Mais je ne connais pas encore (…) »), il apparaît comme le fondement assuré recherché. L’alinéa marque le passage à autre chose : la recherche de l’essence. Il s’agit alors de répondre à la question an sit avant de se pencher sur la question quid sit. La lecture continuiste affaiblirait en revanche le cogito, mais permettrait l’accord avec la vraie logique, (qui commence par la question quid sit, AT IX, 85-86). Le fondement ne viendrait qu’ultérieurement. Dans les discussions (p. 30-33) R. Misrahi souligne que cette lecture continuiste ferait perdre celle d’E. Husserl. M. Beyssade affirme que les alinéas commencent après l’assurance de l’existence de Dieu.
Michaël Devaux