Le quatrième numéro de la revue Libertinage et philosophie au XVIIe siècle, publiée par l’Université de Saint-Étienne, réunit les actes de deux colloques organisés par Antony McKenna et Pierre-François Moreau en 1998 (« Gassendi et les gassendistes ») et en 1999 (« Les passions libertines »). Chacun des dossiers comporte six textes. Le premier ensemble s’ouvre par 1) une contribution de Jean-Charles Darmon (3.2.17) intitulée « Philosophie épicurienne et littérature au XVIIe siècle : retour sur quelques problèmes de méthode symptomatique », dans laquelle l’A. analyse les implications du débat Descartes-Gassendi en s’appuyant sur la présence des thématiques épicuriennes, non seulement dans les textes philosophiques (Gassendi, Bernier, etc.), mais aussi dans les œuvres littéraires (La Fontaine, Saint-Evremond) ; 2) suit une étude des deux acceptions que revêt le terme historia dans le corpus des lettres latines de Gassendi, par Sylvie Taussig (« Histoire et istoría dans les lettres latines de Gassendi », 3.2.93) ; 3) vient ensuite un texte d’Antonella Del Prete sur la réflexion du chanoine de Digne sur la cosmologie infinitiste de Giordano Bruno (« Pierre Gassendi et l’univers infini », p. 57-69, 3.2.29) ; 4) puis une analyse de la manière dont s’entrelacent les thèses gassendistes et pascaliennes à l’occasion du débat sur le vide des années 1645-1648, par Simone Mazauric, (« Pascal et la question du vide : emprunts et réemplois gassendistes », 3.2.55) ; 5) en cinquième lieu, une étude d’Edouard Mehl analyse en détail les implications de l’écrit anti-fluddien de Gassendi, inspiré par Mersenne, en le situant dans le contexte plus ample des discussions cartésiennes et képleriennes (« L’essai sur Robert Fludd (1630) » ; p. 85-119, 3.2.59) ; 6) ce premier dossier se conclut sur un brillant texte de Laurent Thirouin, « L’impiété dans le Malade imaginaire », (3.2.94). La section consacrée aux « Passions libertines » s’ouvre sur 1) une savante contribution de Pierre-François Moreau, « La crainte a engendré les dieux », (3.2.63), centrée sur le rôle des explications fondées sur le pouvoir des passions humaines (Spinoza, Tractatus theologico-politicus ; Hobbes, Leviathan) dans la critique libertine de la religion) ; 2) vient ensuite une contribution de Christine de Buzon qui étudie « Les passions libertines dans Le page disgracié de Tristan, ou être ‘comme le jouet des passions, des astres et de la Fortune’ », (3.2.19) ; 3) puis un texte d’Hélène Ostrowiecki qui analyse le manuscrit anonyme du Theophrastus redivivus en dégageant la voie médiane qu’il adopte dans l’analyse des passions (« Entre nature stoïque et nature sceptique : la place des passions dans le Theophrastus redivivus », 3.2.69). 4) L’étude de Sophie Gouverneur qui lui succède porte sur la dimension libertine de la pensée de Samuel Sorbière, davantage connu comme traducteur et diffuseur de Hobbes ou de Thomas More (« Samuel Sorbière, ou la réhabilitation libertine des passions », 3.2.41) ; 5) l’ensemble se poursuit par un texte de Pascale Busson-Martello consacré aux relations entre « Passions et raison chez Saint-Evremond » (3.2.18) ; 6) enfin, Antony McKenna, dans « Pascal : le cœur et les passions » (3.2.57), analyse le vocabulaire et la psychologie pascaliennes dans la complexité de leurs rapports avec les pensées libertine, cartésienne et augustinienne.

Claudio Buccolini