Cet article présente l’ensemble du dossier des censures de 1663, dont les deux textes principaux ont été édités dans le liminaire I du BC XXX. Les études de cette condamnation par Fr. Bouillier et G. Monchamp se voient adjoindre ces censures jusqu’alors secrètes. L’origine de la condamnation est la faculté de théologie de Louvain qui s’inquiète des enseignements cartésiens dès mai 1662. Les « qualificateurs » (présentés p. 108-109) sont, d’une part, un carme déchaux : Giovanni Agostino Tartaglia (en religion Johannes Augustinus a Nativitate), lecteur des Meditationes et des Specimina, et, d’autre part, un somasque : Stefanus Spinula, lecteur des Principia et des Passionibus animæ. L’analyse des documents ici publiés (p. 109-120, avec une très riche annotation) révèle leur compétence pour et leur intérêt à la lecture de Descartes. Spinula voit bien les difficultés du cartésianisme (Principia II, 36 et III, 47). Tartaglia retient surtout des Meditationes la critique de la liberté d’indifférence et la doctrine de l’eucharistie (dans les Responsiones IV, VI), sans rien reprocher à la première Meditatio. Reprenant les critiques de Caterus et Mersenne, Tartaglia est le plus original dans sa critique de l’évidence. Il apparaît que la censure s’opère à partir d’une lecture véritablement philosophique des textes cartésiens. L’article réédite en appendice d’autres pièces inédites (en latin et italien), ainsi que certaines déjà connues de Monchamp.

Michaël Devaux