L’A. s’intéresse aux différentes étapes qui, au XVIIe siècle, ont progressivement contribué à l’émergence de la « Kant’s conception of human enlightenment as something that requires the public exercise of reason ». Partant du constat selon lequel Kant décrit l’état de minorité comme une tutelle dont la cause tient moins à l’insuffisance de l’entendement qu’à celle de la résolution de s’en servir, l’A. s’intéresse principalement au thème de l’irrésolution et à ses remèdes par la mise en évidence du rôle de la volonté et de ses liens avec la pensée chez les principaux philosophes qui ont contribué au processus historique étudié. Le premier chapitre de cette reconstruction est consacré à une interprétation de D. (p. 12-41). En effet le doute cartésien apparaît comme un acte de volonté (p. 15), tout comme le cogito en tant qu’il est une affirmation ou un jugement (p. 20). Dans la mesure où « a voluntary mental action is a kind of mental event that can be known by introspection » (p. 25), l’A. se demande ensuite si le cogito est « a case of immediate self-awareness » et/ou « a propositional attitude » (p. 25-32), puis il montre que le cogito n’est pas une perception passive mais une pensée délibérée et volontaire (p. 32-38). Il établit enfin que ce sont les limites auxquelles se heurte notre liberté qui nous conduisent à avoir l’idée de Dieu (p. 38-39) et des choses extérieures (p. 39-40). Les principaux autres chapitres sont consacrés à Hobbes, Locke, Spinoza, et Leibniz. L’intérêt porté à Hobbes (p. 42-71) est surtout à chercher du côté de « the interdependant role of internal mental representations and external bodily behavior in Hobbes’s theory of mind ». Le chapitre sur Spinoza (p. 132-157) insiste principalement sur le rôle quasi nul exercé par la volonté dans sa théorie de la connaissance depuis le Court Traité jusque dans l’Éthique.
Il faut avouer que la dispersion dont fait preuve l’ouvrage nuit parfois à l’intelligibilité de l’ensemble, dès lors que les enjeux initiaux ne sont pas définis très clairement. On aurait aimé en particulier voir mieux précisé le rapport entre les nombreux thèmes abordés – à savoir la liberté de penser, le rôle du langage, la volonté, l’enthousiasme, etc., et même le bien commun à propos de Leibniz (p. 182) – à la fois au sein de chaque chapitre mais aussi entre les différents chapitres : cet ouvrage, qui se montre incontestablement ambitieux et souvent suggestif, n’en aurait été que plus probant.
Frédéric Manzini