La plupart des articles de ce recueil sont consacrés en tout ou en partie à Descartes. J.-R. Armogathe (« Valore semantico di Segno/Signum nel corpus cartesiano », 3.1.15) étudiant la valeur sémantique de signe/signum dans le corpus cartésien, y décèle l’écho des traditions thomiste et augustinienne et en suit les effets chez les disciples augustiniens de D., notamment dans la Perpétuité de la Foi, où Port-Royal mène le combat sur la présence réelle face aux réformés. Il consacre également une présentation générale à la théorie des passions dans la première moitié du XVIIe siècle (« La teorie delle passioni nella prima metà del XVII secolo », 3.2.7) où est souligné l’héritage de la seconde scolastique, de l’humanisme et du néostoïcisme (ouvrages de Coëffeteau, Jean-Pierre Camus, Lorenzo Scupoli : autant de « dettes culturelles » que D. a cachées). Giulia Belgioioso (« I limiti dell’umano conoscere e la meraviglia. Dalle Regulae alle Passions de l’âme », 3.1.21) analyse l’évolution du thème cartésien des limites de la connaissance et de son rapport à l’admiration, des Regulæ aux Passions de l’âme. Francesca Bonicalzi (« Generosità a confronto : Descartes e Spinoza », 3.1.31) confronte cartésianisme et spinozisme sur la question de la générosité, celle-ci prenant sa source dans l’admiration et la volonté libre chez l’un, dans le désir chez l’autre. Ettore Lojacono (« L’écriture di Descartes », 3.1.146) étudie l’écriture de D., dont le français, inspiré de Malherbe, se conforme aux normes de l’écriture de cour, comme le montre la comparaison avec des textes de Richelieu, de la Maréchale de Rambouillet ou d’Etienne de Claves. Giuliana Mocchi (« L’amore di sé tra passione e virtù », 3.2.99) étudie le statut de l’amour de soi entre passion et vertu, chez Montaigne, D., Spinoza, La Rochefoucauld et indique comment, d’une façon typique de la modernité, il devient chez ce dernier « égoïsme à l’état pur ». Roberto Perini (« Dal meccanicismo all’autocoscienza. L’uomo e il bruto in Descartes », 3.1.183) analyse les questions posées par le « dualisme cartésien » et l’union substantielle, sur le problème-clef de l’âme des bêtes. Claudia Stancati (« Linguaggio e passioni. Le lettere di Descartes ai fidi e agli infidi », 3.1.224) analyse les différences de style dans la correspondance de D. : on y découvre une véritable stratégie épistolaire, réservant aux proches l’expression exacte et entière de sa pensée, et usant avec les adversaires de prudence et de dissimulation – quand il n’en vient pas (avec Hobbes) au refus total du commerce intellectuel. Enfin, la postface de Daniele Gambarara (« Postfazione. Quando nel linguaggio si spengono le passioni », 3.3.52) inscrit l’expression des passions dans deux langages possibles – l’écriture dialogique, qui ne produit pas de vérités nouvelles mais peut persuader autrui, et l’écriture diagrammatique, initiée par géomètres et astronomes, qui permet la découverte de nouvelles connaissances.

Pierre-François Moreau