L’A. poursuit ici ses travaux sur la pensée cartésienne, comprise à la lumière des textes scolastiques, en particulier ceux de Suárez et de Fonseca (Physiologia, voir BC XXVII, 3.1.50), et les présente en parallèle avec son étude sur les conceptions de l’âme dans l’aristotélisme tardif (celui des Coïmbrois, de Suárez et d’Arriaga ; cf. Life’s Form : Late Aristotelian Conceptions of the Soul, 2000). Il observe que le rejet cartésien des âmes végétative et sensitive issues d’Aristote et de la scolastique « n’est pas moins capital pour les sciences de la vie » que le rejet des formes, puissances et fins dans la physique cartésienne (p. XII). L’accent mis sur les recherches physiologiques de D. le conduit à se démarquer du mind-body problem, et à s’attacher aux thèmes du « principe de vie » réduit à la chaleur du cœur, de la complémentarité du Monde et de L’homme, de l’unité du corps et de l’union de l'âme au corps dans la pensée cartésienne.

L’étude repose sur des analyses bien informées et enrichies par des références aux textes scolastiques (manuels des Jésuites notamment). Cette contribution importante à la compréhension de D. in context, est agrémentée de façon pertinente par des gravures de machines, principalement empruntées à l’ingénieur et architecte S. de Caus, auteur en 1615 d’un traité sur Les raisons des forces mouvantes, avec diverses machines, tant utiles que plaisantes, réédité en 1624, où Baltrusaitis avait trouvé le modèle de l’automate hydraulique du traité de L’homme (cf. Anamorphoses, Paris, 1955, troisième éd. complétée, 1984). Dans l’ouvrage de S. de Caus, Des Chene a découvert une gravure et un problème éclairant l’hydrodynamique de la glande pinéale et des esprits animaux chez D. (p. 128-130).

Il s’agit d’un livre stimulant, qui, en une attitude assumée dès la préface (p. XII), n’accorde peut-être pas assez d’importance aux traités de médecine et d’anatomie consultés par D., qui abondent en comparaisons et analogies empruntées aux « machines ».

Annie Bitbol-Hespériès