Il s’agit ici d’une thèse dirigée par le prof. Theo Verbeek et soutenue en 2002 à Utrecht, rédigée en anglais. Après une copieuse introduction, on trouve le texte annoté de la correspondance échangée entre Descartes et Regius de 1638 à 1645.
Malgré de récents progrès, le personnage de Regius reste mal connu, souvent injustement traité. Cela tient en grande partie à l’état défectueux des éditions de sa correspondance avec Descartes ; elle ne nous est parvenue que par des minutes de lettres de Descartes, publiées par Clerselier en 1657 et, pour les lettres de Regius, par les extraits reproduits dans la Vie de Baillet. Or, l’événement majeur fut la découverte faite récemment, vers 1968, par K. E. Rothschuh et par G. Micheli de deux exemplaires des disputationes réunies par Regius sous le titre de Physiologia. R. Bordoli (voir BC XXVIII, 1.1.3) montra toute l’importance de cette découverte pour proposer de nouvelles datations. Erik-Jan Bos reprend le travail à la racine, et de façon exhaustive.
Dans ses précieuses notes introductives, il rappelle qu’au XVIIe siècle, les provinces de Hollande, de Zélande et de Brabant avaient adopté la réforme grégorienne du calendrier, ayant dix jours de décalage (en avance) par rapport aux autres provinces : Descartes, qui vit en Hollande, pendant sa correspondance avec Regius, date probablement ses lettres en nouveau style (grégorien), tandis que son correspondant, qui vit à Utrecht, a conservé le calendrier julien. D’autres notes portent sur la vie universitaire (en particulier les dates des vacances) et sur les lieux de résidence de Descartes.
La partie la plus considérable du travail est la nouvelle chronologie proposée par l’A., à partir de Clerselier et de Baillet, et qui s’applique presque à chaque document. Ainsi pour la première lettre connue, rapportée en style indirect (et en deux fragments) par Baillet (II, 2-3 et 7-8) : Regius venait d’être nommé (le 11/21 juillet 1638) professeur extra ordinem de médecine théorique à Utrecht. L’A. tire parti de l’autographe (publié par Roth en 1926, AT II, 670-673) d’une lettre de Descartes à Huygens pour rétablir la chronologie. Elle est fermement datée en effet du 19 août, et Descartes y mentionne la visite de Reneri. C’est Reneri qui porta la lettre de son nouveau collègue (qui doit être datée du [8/]18 août et non pas du 18 [/28]). Dans le document 3 (lettre n° 158 d’AT, datée selon Baillet du 9 mars 1639), Regius parle de « cette semaine qui finira nos vacances ». Bos n’a pas trouvé de vacances en mars (elles auraient été imputables, selon Baillet, à une foire qui paraît imaginaire à Bos). En revanche, comme en témoignent les résolutions du Vroedschap en 1634 et 1635, il y avait une longue vacance d’hiver, entre le 24 décembre/3 janvier et le 1/11 février. Il semble donc bien que la lettre doive être datée autour du 24 janvier/3 février.
Nous ne pouvons pas donner ici toute la chronologie révisée, fortement argumentée par l’A. dans de longues notes. Son argumentation est souvent confirmée par l’exemplaire de l’Institut de France (ExI), dont il explique aussi quelques contradictions (ainsi en marge de Clerselier I, 384, lettre n° 190 d’AT, deux notes apparemment contradictoires datant une lettre de Regius, mais exactes en fonction des deux calendriers utilisés, p. 39).
La lettre n° 190 (imprudemment datée du 24 mai 1640 par AT) est composée, comme le montre l’A., de fragments de dates différentes : les § 1 à 4 sont du mois de juin 1640, les § 5 à 8 proviennent de lettres de 1641, seuls les § 9 à 20 peuvent être datés du 24 mai.
Bos a l’excellente idée de publier en annexe les trois disputationes (comprenant chacune deux parties, prior et posterior) réunies par Regius en 1641 sous le titre de Physiologia sive Cognitio sanitatis ainsi que les trois suivantes, parues de septembre à décembre. Des caractères gras soulignent les passages repris dans la correspondance. L’A. aurait pu, par curiosité, donner aussi les trois dernières, de 1643, qui ne sont connues que par un exemplaire imprimé (à la bibliothèque académique de Herborn, retrouvé par Paul Dibon) et un autre exemplaire (British Library) comprenant I-VI en imprimé et VII-VIII en copie manuscrite. Un précieux « lexique biographique » (avec les sources), une chronologie de la vie de Regius et une biblio-graphie abondante concluent cet ouvrage, qui fait honneur à son auteur et à « l’École d’Utrecht ».
Jean-Robert Armogathe