Publié en 1623, ce texte de Mersenne a longtemps été considéré comme perdu. La courte notice (douze lignes) qui ouvre ce volume indique qu’on en connaît aujourd’hui un unique exemplaire, à la bibliothèque du Vatican.

L’ouvrage est composé de deux parties qui se répondent. La première étudie de façon « spéculative » « les mouvements de l’âme, en tant qu’elle est raisonnable ». Après avoir distingué l’entendement de la volonté, Mersenne passe en revue leurs différentes actions : le vouloir, l’intention, la jouissance, l’élection, le conseil et la délibération, le consentement, l’usage, l’empire. La deuxième partie quitte le terrain de la spéculation pour celui de la spiritualité : elle est « comme le fruit de l’arbre ou comme le cuisinier préparant les mets spirituels qu’il faut tirer du livre précédent » (p. 77). Mersenne revient alors sur chacune des actions étudiées dans le premier livre de façon à en tirer un « profit spirituel » et à « disposer l’âme [du lecteur] pour faire son entrée en la céleste Jérusalem » (p. 13).

La réédition de cet ouvrage intéresse, au moins indirectement, les études cartésiennes, en ce qu’elle permet de préciser le contexte intellectuel, encore mal connu, dans lequel s’élabora la théorie cartésienne de l’esprit. Sans que les rapprochements soient suffisamment précis pour attester une influence directe et alors que l’ensemble du texte demeure marqué par les axes dominants de la noétique aristotélicienne, on repère ça et là quelques thèmes et expressions qui se retrouveront sous la plume de Descartes. L’ouvrage a par ailleurs un intérêt littéraire, si du moins l’on goûte le style fleuri, parfois contourné, riche en métaphores, comparaisons et digressions qui est celui du P. Mersenne. Comme pour l’ensemble des œuvres publiées par le Corpus des œuvres de philosophie en langue française, on regrettera l’absence totale de notes explicatives, qui rend le texte presque inabordable pour les lecteurs les moins aguerris (ainsi, aucune des nombreuses expressions ou citations latines n’est traduite).

Denis Moreau