Il s’agit de la première réédition de l’ouvrage, troisième partie d’un ensemble intitulé Le Ministre d’Estat dont les première et deuxième parties ont été publiées respectivement en 1631 et 1643. Le présent volume suit l’édition de 1662 (Le Ministre d’Estat. 3e partie. De la Certitude des Connaissances humaines…, par le sieur de Silhon. Amsterdam, A. Michiels, 1662) et vient s’ajouter dans la même collection à la réédition des Deux vérités de 1626 (revue par J.-R. Armogathe, voir BC XXII, 1.2.3). Le cœur de l’ouvrage (livres III et IV) est consacré à la justification du principe fondamental de l’obéissance au Prince qu’illustrent un certain nombre d’exemples historiques empruntés aux épisodes de la Ligue et des guerres de religion de la fin du XVIe siècle. La revue Corpus, qui accompagne la publication de l’ouvrage (voir le présent BC, 3.2.2) donne à lire plusieurs articles sur la théorie politique de Silhon et sur sa morale de l’intérêt développée au livre II (voir en particulier l’article de C. Nadeau, « Obéissance et intérêt dans la politique de Jean de Silhon », p. 21-60, 3.2.58).
Le titre de cette troisième partie, De la certitude des connaissances humaines, se justifie par la critique – souvent faible – que l’A. adresse aux « nouveaux pyrrhoniens » dont les allégations sont éminemment nuisibles à la foi chrétienne. Le propos épistémologique se divise en deux moments : la réfutation de la philosophie de Montaigne – figure emblématique du scepticisme aux yeux de Silhon – et de sa thèse sur la nature trompeuse des sens, incompatible avec la bonté et la sagesse du Dieu créateur (livre Ier), et une théorie de la démonstration physique et de la démonstration morale qui s’achève par des « Preuves de la Divinité de la Religion Chrestienne » (livre V). Point remarquable : on trouvera au livre Ier de l’ouvrage la formulation d’un curieux cogito par lequel l’A. prétend prouver l’existence du moi à partir de ses opérations, en s’appuyant sur le principe métaphysique « que l’opération suppose l’Estre, ou bien qu’il faut estre actuellement quand on opère » (chap. viii). Cet argument était déjà présent dans De l’Immortalité de l’âme, dont la publication précède de trois ans celle du Discours de la méthode, et est peut-être le fruit de discussions avec Descartes, comme le suggère R. Popkin (« Herbert de Cherbury et Jean de Silhon », in Histoire du scepticisme d’Érasme à Spinoza, Paris, P.U.F., 1995, p. 203-225). Si l’attaque de l’A. contre le scepticisme ne porte pas, elle témoigne des impasses du dogmatisme à l’époque de la révolution cartésienne.
Olivier Dubouclez