Cette thèse renouvelle totalement l’approche matérielle des publications de l’œuvre de Descartes. Le Descartes. Bibliographie des œuvres publiées au XVIIe siècle d’A. J. Guibert (1976, voir BC VII, 1.1.8) est désormais remplacé très avantageusement. Ce dernier ne listait que les ouvrages en français et latin, or l’on sait que les éditions néerlandaises et anglaises peuvent se révéler utiles sinon cruciales pour la connaissance du texte ou l’histoire de la diffusion du cartésianisme : pour les Regulæ et la Recherche dans un cas, et pour le Traité de la mécanique dans l’autre (l’A. en révèle une édition-traduction à Londres en 1665, trois ans avant l’édition considérée jusqu’ici comme princeps, p. 559). La préface justifie justement, sur cette base, la nécessité d’une nouvelle bibliographie matérielle des œuvres de Descartes. Celle-ci se veut un outil pour les éditions nouvelles de Descartes et est, à ce titre, analytique (p. xii). Pratiquement, elle a pu être réalisée grâce aux nouveaux outils informatiques de catalogage : plus de cinquante bibliothèques (dans une trentaine de villes) furent effectivement visitées, et les catalogues de deux cents autres furent passés en revue (grâce aux éditions papier ou à leur forme électronique, aujourd’hui interrogeable via internet).

L’ouvrage est divisé en quatre séries : avant 1650 (p. 3-437, soit l’intégralité du premier volume), après 1650, les collections (correspondance, opera omnia) et les miscellanea. Pour chaque titre sont présentées, après l’histoire de l’édition proprement dite, les éditions françaises, latines, et (quand elles existent) anglaises et néerlandaises. Pour chaque édition, la page de titre est transcrite (la plupart du temps, une reproduction photographique en noir et blanc l’accompagne), la formule de collation est donnée ainsi que la table des matières, et la liste des exemplaires localisés. Les variantes sont soigneusement relevées. Enfin, une notice de quelques pages est le lieu d’un commentaire. L’ouvrage se conclut sur une bibliographie (p. 745-761), une liste chronologique des quelques cent cinquante éditions étudiées, et un index des noms propres.

La richesse de cette somme-outil se révélera dans les études et éditions futures qu’elle rend possible. En l’état, l’information, même analytique, est souvent austère et ne permet guère de déterminer la part philosophique qui est en jeu dans les variantes. Nous nous limiterons à signaler les apports qu’elle recèle – et qui révèlent ainsi son ampleur – à partir de l’exemplaire idéal (l’A. revient sur le sens de cette expression, p. xiv sq. et xvii sq.) des Meditationes puisqu’elles sont les seules à avoir fait l’objet d’articles précis. G. Crapulli (voir BC XII, 3.1.3.) avait comparé dix-sept exemplaires de l’édition de 1641, M. van Otegem en a vu dix (et en a pointé trente-cinq) et a relevé (p. 164-171) trente-huit écarts inconnus de Crapulli. C’est dire si la richesse des relevés est importante lorsque, pour les autres éditions et les autres textes de Descartes, on ne dispose pas d’études bibliographiques sérieuses. De même, pour les Méditations, P. Costabel avait montré (voir BC V, p. 445 sq.) que l’édition Le Gras 1667 n’était qu’une nouvelle émission de l’édition de 1661 ; et concluait en se demandant si l’édition 1667 était si rare que cela : il en connaissait deux exemplaires, nous en connaissons aujourd’hui cinq grâce à M. van Otegem.

Mais cette somme bibliographique ne se limite pas à enrichir la collection des ouvrages à consulter pour des éditions critiques, elle liste très utilement aussi huit « éditions » dont on a la preuve qu’elles sont des « fantômes » (p. 738-740) et ne sont donc pas seulement difficiles à trouver.

Michaël Devaux