René Fédé est surtout connu pour la troisième édition des Méditations métaphysiques (1673) dont Baillet fait un vif éloge dans sa Vie de M. Descartes (Paris, D. Horthemels, 1691, p. 324). Il fut aussi l’auteur de Méditations métaphysiques de l’origine de l’âme et d’une Théologie métaphysique. Si le premier ouvrage, en raison de son manque de rigueur démonstrative, essuya les railleries de Bayle qui en moquait les « Aphorismes de métaphysique » dans la recension qu’il en fit en 1686 (reproduite et commentée au chap. X), le second figurait, est-il important de noter, dans l’inventaire de la bibliothèque du Père Malebranche effectué par A. Robinet (Malebranche, Œuvres, t. XX, p. 283). L’A., dans ce second volume de la jeune collection « Subsidia », entreprend donc de préciser les relations qu’entretient ce cartésien « mineur » avec le malebranchisme et la philosophie carté-sienne de la deuxième moitié du xviie siècle, procédant au réexamen d’une biographie particulièrement lacunaire (chap. Ier) et au commentaire ordonné de l’« Avis » (chap. II), puis des sept « Méditations » qui composent la Théologie métaphysique de 1705 (chap. III à IX). Reprenant un dossier historique difficile, l’A. tente de mieux cerner l’identité intellectuelle de Fédé ; il remet en cause la fragile association de ce dernier, faite dans une lettre de l’Abbé Catelan, aux antimalebranchistes que sont Régis et Lannion pour suggérer sa proximité philosophiquement plus vraisemblable avec l’oratorien dont il reprit la doctrine de la vision en Dieu ; il discute en outre le prétendu « calvinisme » de Fédé et avance plusieurs arguments sur les raisons d’une assimilation une nouvelle fois sujette à caution. Il suggère, en outre, l’influence qu’ont pu exercer sur lui, docteur à la faculté de médecine de l’université d’Angers, les vigoureux débats ayant accompagné, à partir du milieu des années 1660, l’introduction de la philosophie cartésienne en Anjou et au centre desquels se trouva un temps l’ami de Malebranche, le P. Lamy.

Toutes ces propositions, sobrement formulées, sont ensuite développées dans un examen particulièrement clair de la Théologie métaphysique, titre, remarque l’A., qui signale à lui seul la distance prise par Fédé à l’égard de la prima philosophia de Descartes et l’ambition de produire, sur la base de principes authentiquement cartésiens, une défense de la religion catholique. Plusieurs tableaux permettent au lecteur de discerner avec aisance les déplacements opérés par rapport aux titres des Méditations métaphysiques de Descartes et les transformations que la théologie de Fédé apporte à son ouvrage de 1683. Le commentaire nous offre, dans le détail, un point de vue instructif sur la réception de la philosophie de Malebranche chez un cartésien qui, pour suivre ce dernier sur de nombreux points, n’en reste pas moins original. Les écrits de Fédé se font l’écho d’objections soulevées contre Malebranche, que ce soit par des figures de premier plan comme Arnauld (ainsi la discussion par Fédé du statut des anges prévaricateurs examinée au chap. II) ou par des objecteurs mineurs, comme le platonicien Simon Foucher, sur des questions fondamentales du cartésianisme ; l’A. corrige à cette occasion l’interprétation autrefois donnée par H. Kirkinen de la preuve de l’indivisibilité de l’âme avancée dans la Première Méditation (Les origines de la conception moderne de l’homme-machine, Helsinki, 1960, p. 131-132). Cette monographie, la première consacrée à René Fédé, propose donc une mise en relief particulièrement fine des débats cartésiens qui entourent le développement de la philosophie de Malebranche.

Olivier Dubouclez