L’épistémologie cartésienne prend-elle la forme d’une déontologie, et si oui, s’agit-il davantage d’un évidentialisme ou d’un volontarisme ? Les règles que Descartes considère et la méthode qu’il se donne relèvent-elles de normes épistémiques strictes ou d’une épistémologie de la vertu ? Dans Warrant : the Current Debate, A. Plantinga construisait un modèle, le déontologisme épistémique cartésien, qui se caractérisait par le respect de normes orientées vers la connaissance, à suivre sous peine de blâme. Selon cette perspective, l’agent était fautif quand il donnait son assentiment à ce qui ne lui apparaissait pas avec une clarté et une distinction suffisante par la lumière naturelle. Ce modèle correspondait à un volontarisme doxastique orienté par des règles relevant de la nature même et indiquant à l’agent ce qu’il devait croire, mais qu’il était possible de ne pas croire (en ayant tort). Dans cet article, P. Engel rend compte de l’interprétation de Plantinga et la discute. Il propose de situer Descartes non pas du côté des volontaristes obéissant à des devoirs épistémiques, mais davantage vers une épistémologie de la vertu, le déontologisme de Descartes impliquant « un modèle de la responsabilité épistémique qui est fondé sur la vertu et l’habitude » de bien croire. Pour cela, il s’appuie sur la quatrième Méditation et sur les lettres à Mesland du 9 février et à Élisabeth du 15 septembre 1645.
Cet article peut paraître ignorer la glorieuse liberté cartésienne qui semble parfois avoir fait l’orgueil des commentateurs : la voie qu’il explore ne laisse que peu de place à la possibilité du refus absurde du vrai, une fois les normes de la recherche de la vérité déterminées. Mais il trouve là l’essentiel de sa valeur. En effet, s’il contribue à redresser les torts d’une école anglo-saxonne un peu trop prompte à construire de toutes pièces un modèle inepte baptisé « cartésianisme » pour mieux le réfuter, il évite aussi de considérer comme acquise l’image que le commentaire français traditionnel a proposé de Descartes. De ce fait, il invite à relire les textes mêmes, en suivant une orientation donnée aux recherches par les travaux de L. Alanen, R. Davies ou J. Cottingham.
Xavier Kieft