L’ouvrage d’H. Bouchilloux est un recueil de textes accompagnés de commentaires relatifs aux questions qui se rapportent à la liberté humaine (Première partie) et à la liberté divine (Seconde partie).

Le problème principalement traité est celui dit de « l’évolution » de la pensée de Descartes ; l’A. s’efforce de montrer, d’une part, qu’il ne faut pas « taxer de contradiction » les affirmations cartésiennes provenant de différentes époques et, d’autre part, que les débats historiques ne peuvent avoir qu’un rôle secondaire dans la « progression de la pensée » de Descartes (p. 14-15). Si la thèse défendue relativement à l’évolution de la pensée de Descartes n’est pas nouvelle – J.-M. Gabaude, notamment, l’avait déjà défendue – les questions envisagées sont d’une grande importance pour l’interprétation de la doctrine cartésienne de la liberté et l’ouvrage contient des analyses intéressantes, en particulier en ce qui concerne le sens du terme indifferentia au sein des Responsiones V.

La sélection des textes se rapportant à la liberté humaine se limite à la période qui va de 1641 (Meditationes) à 1645 (Lettre à Mesland du 9 février) et privilégie ceux qui relèvent de la philosophie première. On pourrait cependant se demander s’il ne faudrait pas également intégrer à l’étude du libre arbitre celle de son bon usage dans les actions morales et prendre en considération les thèmes essentiels de la morale cartésienne relatifs à la liberté humaine. Une autre réserve que l’on peut émettre concerne la terminologie utilisée par l’A. : l’emploi d’expressions comme « liberté du libre arbitre » opposée au concept de « libre arbitre » – entraînant un redoublement problématique de la liberté – ou « toute-puissance du libre arbitre » rapportée à l’homme aussi bien qu’à Dieu nous semble aussi soulever un certain nombre de questions.

Pour ce qui est de la liberté divine, le recueil se concentre principalement sur la doctrine de la création des vérités éternelles. La Conclusion s’efforce de la mettre en rapport avec les problématiques de la relation des libertés divine et humaine, de l’hypothèse du trompeur, de la thèse d’un vrai Dieu et de la doctrine de la ressemblance ; elle s’appuie dans une grande mesure sur la Meditatio III (p. 235-238). Toutefois, des références précises et des citations de cette Méditation (comme des trois premières, dont l’auteur se contente de donner un résumé dans la Première partie) permettraient de mieux discuter les interprétations proposées.

S’il nous apparaît qu’une confrontation plus explicite aux écrits cartésiens et aux commentaires existants sur les questions traitées – que l’A. veut écarter dans l’Avertissement – permettrait de mieux évaluer la portée et la pertinence des analyses développées dans cet ouvrage, celui-ci constitue une contribution importante en ce qu’il aborde des questions fondamentales de la philosophie cartésienne.

Dorottya Kaposi