Ce volume reprend trois gros essais publiés entre 1996 et 2002 par Ettore Lojacono ; ils portent sur la réception napolitaine du cartésianisme (dans la continuité de l’exposition Napoli e Cartesio présentée en 1997 à la Bibliothèque nationale de Naples, voir BC XXVIII, 2.2.1 et 3.2.18). Le premier article (qui est paru dans le Giornale critico della filosofia italiana en sept.-déc. 1996 et figurait dans le Catalogue de l’exposition) a été ici très remanié, en particulier dans l’annotation. Paru dans deux livraisons des Nouvelles de la République des Lettres (1999-II, voir BC XXX, 3.2.47, et 2000-I), l’article suivant porte sur la seconde génération des moderni, qui s’élargit des médecins et des savants aux juristes et aux avocats. L’A. rapporte les débats soulevés par l’attaque de l’Aletino (le jésuite G. B. De Benedictis) dans sa Philosophia peripatetica (1688-1692), la défense de Descartes étant soutenue par Giuseppe Valletta et Costantino Grimaldi. Avec une grande précision, l’A. retrace l’intervention du franciscain Ciaffoni, qui témoigne de la fortune italienne des Lettres provinciales (De Benedictis réplique par La Scimmia del Montalto, 1698) et du refus de la « seconde scolastique » au nom d’une renaissance patristique et érudite. L’usage de textes inédits (les dernières Risposte de Grimaldi à l’Aletino) permet d’approfondir l’ampleur de l’insertion du cartésianisme dans les milieux intellectuels napolitains.
La publication, en 1755, d’une traduction italienne annotée du Discours de la méthode, témoigne de cette insertion. La troisième étude est l’introduction donnée par l’A. à la réédition de cette traduction, qui constitue la deuxième partie de la Scelta de' migliori Opuscoli… (p. p. Maurizio Torrini, Istituto Universitario Suor Orsola Benincasa, Naples, 2002, les deux autres textes étant la Lettre sur le progrès des sciences de Maupertuis et la Vita di Galileo de Vincenzo Viviani). A la date de cette publication (1755), Newton avait remplacé Descartes à l’horizon de la pensée européenne. Mais l’A. montre comment le commentaire de De Felice, largement inspiré par celui de Poisson et par les pages de Brucker, restitue une image de Descartes comme une figure modèle de « philosophe » des Lumières. Il y a là un glissement, finement relevé par l’A., dans la réception de Descartes, à partir des Investiganti vers les positions de Celestino Galiani et du premier Genovesi.
Rejoignant les essais de Giulia Belgioioso (Cultura a Napoli e cartesianesimo, Congedo, Galatina (LE), 1992, voir BC XXIII (2.2.3), et La variata immagine di Descartes. Gli itinerari della metafisica tra Parigi e Napoli (1690-1733), Milella, Lecce, 1999, voir BC XXX, 3.2.13), ces travaux érudits enrichissent notre connaissance du cartésianisme en Italie au xviie siècle. La recherche doit être poursuivie, en l’élargissant à d’autres centres culturels de la péninsule. Une bibliographie précise et abondante (80 p.), établie par Fabio A. Sulpizio complète heureusement ce volume.
Jean-Robert Armogathe