Selon l’A., un dialogue significatif n’est possible qu’en tant que le sujet est séparé de la vie de celui qui l’a créé. Au travers de ses oeuvres, Descartes manifeste que l’essence de la philosophie consiste en ce type de dialogue. La pratique philosophique de Descartes pousse au point extrême la mise en oeuvre de la pensée comme dialogue. Le sujet cartésien est selon l’A. une seule chose, mais qui a deux aspects : « moi », et « Dieu-autrui ». Le « moi » n’est pas tant l’agent de la pensée pour Descartes, que le penser lui-même. Au terme du doute, le « moi » apparaît comme ce dont nous ne pouvons rien dire. Quant à « Dieu », l’A. admet la première preuve de son existence, dans la Méditation III, et réfute les autres parce qu’il faudrait y admettre des choses qui sont encore soumises au doute universel (le principe de causalité pour la deuxième ; la connexion entre Dieu, la perfection et l’être pour l’argument ontologique). En revanche, l’idée de Dieu est présupposée à la sortie même du doute, en tant que c’est seulement sur fond de substance infinie que peut apparaître le moi. Nous ne pouvons rien dire de Dieu même, mais l’idée de l’infini en est la « trace » (nous ne pouvons pas comprendre l’idée de Dieu mais nous pouvons la concevoir). Les mots que le « moi » adresse à cet infini, ceux du salut et de la prière, lui sont adressés sans savoir si quelqu’un les accepte. Selon l’A., adresser ces mots, c’est aimer.

Toshihiko Takenaka