Pièce importante de la littérature clandestine, Le Traité de l’infini créé circula d’abord sous forme manuscrite avant d’être imprimé à la fin du XVIIIe siècle et attribué à Malebranche. Si cette attribution à l’oratorien est aujourd’hui presque universellement abandonnée, on n’a pas encore réussi à identifier l’auteur du texte, au sujet duquel les hypothèses ne manquent pas (L. Constantin, Le Comte de Boulainviller, P. Varignon, P.-V. Faydit, J. Terrasson, etc.), ni à dater précisément sa rédaction.

A. Del Prete envisage manifestement de reprendre ce dossier, en appelant tout d’abord de ses vœux une nouvelle édition du texte rendue nécessaire par la découverte récente de nombreuses copies manuscrites, et qui devrait remplacer celle qu’avait procurée P. Cristofolini en 1974. Elle apporte ensuite dans cet article de nouveaux éléments pour la datation du texte.

Depuis les travaux d’A. Robinet (voir les Œuvres complètes de Malebranche, vol. XX, p. 321-327) on a en effet généralement admis que le Traité avait été publié après 1686 (parution des Entretiens sur la pluralité des mondes de Fontenelle, qui y sont cités) et avant 1692 (date d’un ex libris de P.-D. Huet sur la première copie manuscrite connue du texte). Or A. Del Prete établit que « 1692 » est la date à laquelle Huet décida de faire don de ses livres aux jésuites, et qu’il continua à marquer de cet ex libris daté de 1692 des ouvrages achetés bien après cette date. L’examen de divers inventaires des livres de Huet ainsi que d’un catalogue de sa bibliothèque permettent de conclure qu’il acquit son manuscrit du Traité début 1703. Le créneau à l’intérieur duquel le Traité put être rédigé s’élargit donc de onze années. L’article s’achève sur cette conclusion de chronologie, dont on peut prévoir qu’elle va contribuer à relancer les spéculations sur l’attribution : l’hypothèse Terrasson — souvent rejetée ces dernières années au motif que cet auteur était trop jeune (22 ans) pour écrire un pareil ouvrage en 1692 — retrouve à présent une certaine vraisemblance.

Denis Moreau