La série majeure de cette collection, dirigée par Tullio Gregory et Marta Fattori, comprend les quatre volumes de la correspondance de J. Le Clerc (M. G. et M. Sina), des lettres de Peiresc à Saumaise (A. Bresson), de Fortin de La Hoguette aux frères Dupuy (G. Ferretti), de dom Germain (J. P. McDonald) et l’échange entre G. V. Pinelli et Cl. Dupuy (A. M. Raugel). Les deux premiers volumes parus dans la série des subsidia (B. Gemelli sur Beeckman et G. Gasparri sur René Fédé) ont fait l’objet de compte-rendus dans le BC XXXIII. Le troisième volume, dû à Gustavo Costa, porte sur les censures romaines de Malebranche. Celui d’Elena Rapetti concerne la correspondance de Huet (Ms Ashburnham 1866, Bibl. Medicea-Laurenziana de Florence).
L’A. (dont nous devons rappeler Pierre-Daniel Huet : erudizione, filosofia, apologetica, Vita e Pensiero, Milan 1999) a élargi son excellente connaissance de Huet à six correspondants, qui représentent autant d’approches originales du cartésianisme : trois jésuites (Rapin, Le Valois et Boschet), le « sceptique » Simon Foucher, l’éclectique J.-B. du Hamel et le médecin épicurien Antoine Menjot. La publication de leurs lettres à Huet est accompagnée d’un ample commentaire, qui situe ces correspondances dans le contexte plus large des réactions à Descartes dans les années 1670-1690, à l’occasion des écrits anticartésiens de Huet.
On saisit bien plusieurs choses : l’unité des jésuites, dans leur style comme dans leur commune défense d’Aristote ; la variété des autres opposants, qui refusent la nouvelle philosophie pour des raisons opposées. A cet égard, l’étude sur du Hamel, personnage méconnu des historiens, est précieuse : on trouve ici pp. 172-196 la batterie des objections qu’il a dressées contre la Censura, encore trop cartésienne à son goût.
Les notes de l’A. constituent une mine de lectures et de références, parfois inédites, sur le milieu intellectuel parisien des années 1680, années charnières pour l’évolution du cartésianisme. Cet excellent travail montre comment des correspondances, resituées dans leur contexte, apportent un éclairage original et vivant à une histoire intellectuelle trop souvent limitée à la face visible de l’iceberg que constituent les ouvrages publiés.
Jean-Robert Armogathe