Après plusieurs études sur la carrière internationale de Descartes (voir La reine et le philosophe. Descartes et Christine de Suède, Paris 1993, recension dans le BC XXIV, 3.1.79, et Pierre Chanut, ami de Descartes. Un diplomate philosophe, 1999, recension dans le BC XXX, 2.2.5.), l’A., par ailleurs diplomate et universitaire, donne aujourd’hui une contribution à l’histoire de la réception (positive et surtout négative) de Descartes (surtout du « cartésianisme ») dans la Belle Province. En fait, une part essentielle de cette enquête consiste à prolonger à l’international (ou à un national transatlantique) l’enquête de F. Azouvi, Descartes et la France. Histoire d’une passion nationale (voir BC XXXIII, 3.1.14) : Descartes inventeur de la modernité, Descartes fossoyeur de la tradition, etc. Mais, d’un point de vue strictement cartésien, ce travail fournit des renseignements déterminants. Soulignons-en quelques-uns. D’abord, (p. 82 sq.) une bonne mise au point de la réaction des jésuites réels aux premières publications de Descartes (suivant G. Sortais, « Le cartésianisme chez les jésuites français au xviie-xviiie siècle », Archives de Philosophie, 6, 1929, 3), avec très tôt de nombreuses approbations (G. Fournier, E. Noel, J. Deriennes, R. Rapin, etc.) ; même les attaques de Huet et de Daniel doivent être lues à la fois comme des approbations partielles et, en tout cas, comme la preuve d’une grande diffusion dans la Compagnie de Jésus. Ensuite, une rectification : le Père D. Mesland n’est pas parti au Québec, mais en Martinique ; il n’y a pas été envoyé par punition de ses penchants cartésiens, mais par souhait tout à fait volontaire (p. 84 sq., 102 sq., contre l’hypothèse de Baillet, qui, il est vrai, avait des raisons de noircir les Jésuites). Enfin, des analyses très fines retrouvent des canaux un peu inattendus pour la diffusion du cartésianisme : le Traité des Études de Charles Rollin, Paris, 1726-1728, connu très tôt à Québec, tout de même que la « Philosophie de Lyon », Institutiones philosophicae archiepiscopi Lugdunensis editae, Lyon, 1782, puis 1813 (p. 132 sq.). Bien entendu, après la publication de Æterni Patris (1879), la question du « cartésianisme » se trouve, des deux côtés de l’Atlantique, surdéterminée (négativement) de la même manière. Mais, au Québec, il faut attendre jusqu’au milieu du xxe siècle pour que Descartes retrouve sa place – essentielle – dans l’histoire de la philosophie.

Jean-Luc Marion