Distribuée en deux parties (Causa sui et onto-théo-logie et Liberté cartésienne et puissance néoplatonicienne) suivies d’une Annexe (De la Regula veritatis à l’existence des corps, figures de la véracité divine), cette étude tente d’opposer une lecture néoplatonicienne de Descartes aux interprétations de la causa sui inspirées par Heidegger. On sera peut-être étonné de voir ainsi Plotin considéré comme un théoricien de la cause de soi (p. ex. p. 91 alors que le régime de causalité n’est pas réellement étudié) et surtout de lire l’identification des attributs de l’Un plotinien à ce qui, chez Descartes, commande « les deux affirmations de la libre création par Dieu des vérités éternelles d’une part, de l’autoproduction de Dieu de l’autre (p. 43). Plus généralement, il s’agit de proposer une lecture « humaniste » de Descartes ; ainsi (p. 120) «… il importe de préciser, contre ce schéma heideggérien, que le pouvoir qui se trouve mis en place dans l’onto-logie cartésienne n’est pas celui, anonyme, du logos moderne (déployé dans le Gestell heideggérien) mais bien celui de l’homme par le logos compris comme mathesis universalis. (…) A cet endroit, l’onto-théo-logie doit faire place à l’humanisme » ; les deux problématiques se rejoignant dans la formule suivante « Nous assistons bien avec Descartes à la sécularisation – mieux à l’ « humanisation » d’un motif néoplatonicien (p. 138) ». Un élément peut-être téméraire de cette humanisation est constitué par la proposition d’une causa sui humaine (p. 123). Comme il y a parfois de la difficulté à confirmer textuellement les hypothèses de lecture, l’A. a recours à l’implicite : il justifie ainsi la présence de la mathesis universalis dans l’ensemble de l’oeuvre cartésienne par l’ « autre sorte de géométrie », tournée vers les phénomènes, de la Lettre à Mersenne du 27 juillet 1638 sans interroger la légitimité de cette mise en continuité. Le grand mérite de l’ouvrage est, au-delà des analyses qu’il présente, d’attirer l’attention sur le rapport éventuel de Descartes au néoplatonisme. Il reste par ailleurs que le concept d’humanisme est bien peu explicite.

Frédéric de Buzon