Cet ouvrage s’attache à marquer toute l’importance et l’originalité des logiques revendiquées comme « herméneutiques » de Johann Conrad Dannhauer (1603-1666) et de Johann Clauberg (1622-1665). Ainsi que le rappelle la présentation de Jean-Claude Gens (« La redécouverte contemporaine de la logique herméneutique du XVIIe siècle », p. 5-14, 3.2.87) qui reconstruit les conditions polémiques de leur redécouverte récente et de leur traitement par les grands historiens de l’herméneutique du XIXe et du XXe siècles (Schleiermacher, Dilthey, Foucault, Jaeger), les logiques de ces deux auteurs ont ceci de commun et de caractéristique qu’elles intègrent en leur sein « une dimension expressément herméneutique » en « visant à déterminer le sens des textes et plus largement des discours d’autrui » (p. 5) par la prise en compte de l’intersubjectivité.
L’articulation entre logique, herméneutique générale et herméneutique biblique est l’un des problèmes affrontés par Lutz Danneberg (« Logique et herméneutique au XVIIe siècle », p. 15-68) qui s’attache à mettre en évidence le contexte de l’émergence de l’herméneutique au XVIIe siècle relativement à la genesis et à l’analysis peut-être moins aristotélicienne que ramiste. Étudiant successivement Keckermann, Dannhauer puis Clauberg notamment, l’A. montre comment l’herméneutique n’a pas seulement trouvé une place dans l’exposition de la logique mais aussi à l’intérieur de la logique elle-même.
La contribution de Pierre Bühler (« L’herméneutique de Dannhauer », p. 69-92, 3.2.40.) consiste en une introduction générale à Dannhauer. L’A. commence par dégager les raisons de l’oubli dont il est la victime, puis délimite le contexte historique de l’Université de Strasbourg au XVIIe siècle ; il évoque sa vie, analyse son œuvre (en examinant successivement l’Idea boni interpretis et l’Hermeneutica sacra) et en mesure la portée pour conclure sur le fait qu’après la théologie, « la médecine guide fortement sa réflexion herméneutique » (p. 89).
Évoquant le combat originel des réformés contre la théologie scolastique catholique qui s’appuyait sur un certain usage d’Aristote, Francesco Trevisani (« Clauberg et l’Aristote réformé », p. 93-116, 3.2.185.) analyse remarquablement « le passage de l’anti-aristotélisme qui caractérise les premiers pas de l’Église militante […] à l’aristotélisme dont la domination est en revanche incontestée au XVIIe siècle, y compris dans les écoles calvinistes allemandes » (p. 99). L’A. s’attache à montrer l’actualité de la lecture du « véritable » Aristote pour consacrer la deuxième partie de son article à la figure de Clauberg dont il considère notamment qu’« avant d’être cartésien, il est aristotélicien et anti-ramiste » (p. 109) par la dimension objectiviste de sa métaphysique.
Jacqueline Lagrée, enfin, présente la traduction de la troisième partie de la Logica vetus et nova de Clauberg que reproduit l’ouvrage (1.2.18) et qui traite de l’herméneutique « analytique » devant permettre de comprendre la pensée d’autrui (« Clauberg et la logique herméneutique », p. 117-124, 3.2.113). Mais force est de reconnaître que, depuis la publication de la version française et intégrale de la Logique ancienne et nouvelle (établie par Jacqueline Lagrée et Guillaume Coqui), cette partie de l’ouvrage (avec la publication de la troisième partie de la Logica vetus et nova de Clauberg, p. 131-196, Paris, Vrin, 2007), c’est-à-dire son dernier tiers, a perdu de son intérêt alors que le reste n’en constitue pas moins une belle et riche introduction à sa problématique.
Frédéric Manzini