L’hypothèse que l’A. soumet à notre jugement est d’autant plus stimulante qu’elle conduit à une réinterprétation, par delà la question de la résistance proprement dite, de la signification du contractualisme hobbesien dans l’histoire longue de la théorie politique. Le rejet par Hobbes de la notion de tyrannie est généralement interprété comme un rejet de la tradition antérieure des monarchomaques, et de l’aristotélisme politique qui les inspire. Or, souligne l’A., il n’est pas certain que Hobbes n’ait pas été influencé, en profondeur, par Aristote dans la mesure où celui-ci, comme Cicéron après lui, voit dans la tyrannie le moment d’une dissolution du lien social, qui ressemble à s’y méprendre à l’état de nature hobbesien. Si on lit Locke attentivement, comme l’A. nous y engage, on s’aperçoit que le fondement de l’état politique est moins le contrat en tant que tel que la sociabilité du genre humain. N’est-ce pas d’ailleurs, telle est l’interrogation qui clôt ce remarquable article, la sociabilité, et non pas le contrat social, qui résiste le mieux aux entreprises tyranniques ?
Luc Foisneau