Reprenant et développant une communication déjà publiée, l'A. montre comment, "à partir de perspectives différentes, en vérité antithétiques" (p. 433), les positions de Hobbes et de Montesquieu sur le thème des récompenses convergent dans la conscience des périls découlant d'un usage indiscriminé de celles-ci par le pouvoir souverain : pour Hobbes, une véritable menace pour la survie de l'Etat ; pour Montesquieu, une forme dégradée de gouvernement représentée par le despotisme. L'auteur du Léviathan, en effet, reconnaît comme utile et nécessaire un recours avisé à l'instrument des récompenses aux fins de discipliner ambitions et antagonismes, mais repère également, dans l'usage excessif ou déformé qui peut en être fait, une démarche contre-productive susceptible de stimuler chez les sujets ces mêmes aspirations et rivalités, dont les aboutissements extrêmes peuvent être la sédition et la guerre civile. Montesquieu, tout en souhaitant parfois un emploi des récompenses adéquat aux circonstances, voit néanmoins dans leur usage inconditionné un symptôme et un instrument de corruption qu'il considère typiques de cette forme de gouvernement sans lois ni libertés qu'est l'Etat despotique. Selon l'A., les réflexions de Hobbes et de Montesquieu constituent un avertissement particulièrement actuel, dans des temps comme les nôtres où l'on assiste "à l'extension du phénomène des récompenses dans toutes les sphères et les secteurs de dispositions juridiques" (p. 468), à un abus des techniques de promotion qui se révèle caractéristique d'"une époque qui a fait de l'utile immédiat sa règle" (p. 468). et qui semble ainsi avoir oublié les enseignements les plus profonds de la tradition juridico-politique européenne.
Andrea Napoli, traduit par Franck Lessay