D'une façon rigoureuse et originale, l'A. analyse le problème de l'unité de la pensée politique hobbesienne. Il examine une voie jusqu’alors ignorée : la théorie de l'imagination. L'A. démontre, en s’appuyant sur le Léviathan, que l'imagination opère une articulation conceptuelle et thématique qui part de l'anthropologie et va jusqu'aux fondations de l'obligation politique. La route offerte par l'auteur ne suppose pas l'abandon des interprétations existantes, mais ajoute un instrument d'analyse jusqu'à présent non utilisé. L'ouvrage comprend une introduction où l'A. présente minutieusement le status quaestionis qui justifie son travail. Suivent deux parties, comportant chacune deux chapitres. La première partie, nommée images et passions, consacre le premier chapitre à la valeur de l'imagination dans le processus de la connaissance et la seconde aux passions dans leur caractère imaginatif analysées par deux manifestations fondamentales de l'imagination : le talent et la folie. Cette première partie conclut avec l'analyse de ce qui est le symbole de l'expression des passions : le désir de pouvoir et de reconnaissance par lequel est constituée socialement la subjectivité aussi bien que les bases qui donnent place à la formation de la politique. La deuxième partie, qui a pour titre « Les bases imaginaires de la politique », considère les chemins qui conduisent à la guerre ou à la paix tout en montrant que, malgré l'opposition des voies, elles sont traversées par une structure anthropologique commune qui a comme fondement l'idée d'imagination. L'État hobbesien est présenté comme le produit des images, en particulier de celles qui sont liées à l'espoir et à la peur. Mais, simultanément, l'État est aussi créateur d'images destinées à produire l'obéissance. La valeur de l'imagination dans la conception hobbesienne de l'État est mise en valeur dans le Léviathan comme métaphore politique. « Hobbes voulait faire prédominer une image biblique qui, tout en étant religieuse, toucherait facilement l'imaginaire collectif » (p. 316). Cette métaphore annonce et résume la valeur constituante de l'imagination dans la vie politique. Il est intéressant de signaler la façon dont l'A., dans les Conclusions (p. 349-354), se met en peine de confronter son interprétation au courant traditionnel qui souligne surtout la rationalité qui rend possible l'État. L'A. soutient que ce serait une source de découvertes et de nécessaire réappréciation théorique et historiographique d'exhiber la pensée politique moderne, et non exclusivement celle de Hobbes, dominée non seulement par la rationalité mais aussi, peut-être dans une mesure insoupçonnée, par la puissance de l'imagination (p. 354). J'avoue ne pas pouvoir souscrire à cette déclaration ; malgré cela, j'invite tous les lecteurs hispanophones à lire ce travail passionnant et exceptionnel.
Maria L. Lukac de Stier, traduit par Wladimir Barreto-Lisboa