Cet ouvrage propose une étude des théories du pacte social à l’époque moderne, du Vindiciae contra tyrannos (1579) au Contrat social (1762), en passant par la pensée de Grotius, Hobbes, Filmer, Locke et Pufendorf. Paradoxalement, Jean Terrel commence par relativiser son objet d’étude : pour fondamentales qu’elles soient pour comprendre la pensée politique moderne et la genèse des démocraties libérales, il souligne que ces théories du contrat, au-delà du statut de modèle qui leur est communément donné, offrent sur la politique un point de vue moral et juridique réducteur qui ne doit point faire méconnaître les “autres langages présents à l’époque où elle [la théorie du contrat] était censée régner sans partage : discours sur l’art de gouverner ou la raison d’Etat, républicanisme ou humanisme civique” (p. 17), mis en évidence notamment par Michel Foucault et par J.G.A. Pocock. Mais il convient surtout de prendre en compte la date d’élaboration de ces théories, plus tardive que l’on ne le soutient généralement afin d’éviter, tel est le vœu de l’A., toute vision rétrospective : pour Jean Terrel, la doctrine moderne du pacte social ne trouve véritablement ses fondements qu’avec Hobbes qui accomplit la synthèse des trois éléments primordiaux mais hétérogènes, le droit naturel, le contrat et la souveraineté, jusqu’alors inventés et pensés séparément selon des genèses autonomes, dans l’œuvre de Grotius et de Bodin en particulier (ch.1–3). La première partie du livre se trouve donc consacrée à une critique de “la vision qui attribue aux auteurs antérieurs à Hobbes une ébauche imparfaitement systématisée de la doctrine moderne du contrat” (p. 20). Cette approche vise ainsi à mettre en valeur ce que Jean Terrel désigne comme un “coup de force théorique” (p. 20) de Hobbes : c’est-à-dire, selon lui, le projet d’élaborer une véritable science politique ou “la liaison systématique du droit naturel, du contrat et de la souveraineté ”. L’A. fait part de l’innovation accomplie par le philosophe anglais au chapitre 4 (“L’invention de la doctrine moderne du contrat social : Hobbes”), dans un exposé clair et rigoureux portant sur les différentes composantes de la théorie politique de Hobbes. Le dernier chapitre du livre, enfin, offre ce qui représente le dépassement et le renouvellement de ce “coup de force” de Hobbes selon l’A., c’est-à-dire le républicanisme moderne inauguré par la pensée de Rousseau.
Delphine Thivet